Tous les ministères sont au service de la construction de l'Eglise comme sacrement du Christ sur la route des hommes.
Par André Minet, Doyen principal de Thudinie.

Alors que le nombre de prêtres diminue, des hommes sont ordonnés diacres et des laïcs de plus en plus nombreux ont une responsabilité active dans la vie ecclésiale. Un peu partout l’Eglise se réorganise pour faire face aux besoins de la mission et cela lui donne un nouveau visage. Mais comment articuler la commune responsabilité de tous baptisés et le fait que certaines personnes sont en charge de tel ou tel aspect de la mission ? Et quelle doit être la place des prêtres ?

L’Eglise ne peut exister comme s’il y avait d’un côté ceux qui la font tourner et de l’autre ceux qui seraient considérés comme les bénéficiaires de ses services. Il n’y a pas d’un côté certains qui ont une part active dans la vie ecclésiale et de l’autre ceux qui seraient considérés comme des clients consommateurs. Tous les baptisés sont appelés à être acteurs de la mission de l’Eglise.

Quand on parle de vocation, on pense souvent presque exclusivement à l’appel que quelques-uns parmi les chrétiens reçoivent pour s’engager dans la prêtrise, le diaconat ou la vie consacrée. Mais avant de parler de vocations particulières, il faut redécouvrir que la vie de tout baptisé repose sur un appel. Vivre en disciple de Jésus-Christ, c’est entendre son appel et y répondre en prenant part à sa mission. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous produisiez du fruit et un fruit qui demeure (Jean 15,16). Tous ceux qui deviennent chrétiens par le baptême sont appelés à travailler avec le Christ pour que son Royaume produise du fruit. Homme ou femme, jeune ou adulte, chaque baptisé, quelle que soit son histoire, doit se sentir interpellé. Dans l’Eglise, personne n’est de trop. Aucun talent, fût-ce le plus petit, ne peut rester caché, inutilisé. A chaque baptisé, l’Esprit donne d’agir selon sa vocation personnelle en vue de la mission commune. Les fonctions dans l’Eglise sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur. Les activités sont variées mais c’est partout le même Dieu qui agit en tous. Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous (1 Corinthiens 12,4-7). Pour répondre à sa vocation d’être le sacrement du Christ, l’Eglise doit se construire autour du Christ-Tête comme un corps où tout se tient ; la contribution de chaque membre est essentielle pour que l’Evangile soit annoncé, célébré et mis en œuvre.

Si dans l’Eglise quelques-uns se voient investis d’un ministère, c’est pour que tous prennent part à la mission. Pour que tous les baptisés se sentent concernés par la mission de l’Eglise, il faut que quelques-uns soient en responsabilité. Les ministères stimulent la mission commune. Les différents ministères dans l’Eglise ont une fonction d’éveil et d’animation. Ils ne sont en rien des monopoles ou des privilèges réservés à quelques-uns, ils sont fondamentalement au service de tous, ils dynamisent le Peuple de Dieu appelé à porter partout le signe vivant du Royaume de Dieu. Tout ministère est service. Ceci est vrai pour le ministère ordonné des évêques, des prêtres et des diacres mais aussi pour les ministères pris en charge par des laïcs dans l’un ou l’autre secteur de la vie ecclésiale (catéchèse, liturgie, préparation aux sacrements, animation de la jeunesse, présence aux malades et aux démunis…). Tous les ministères sont au service de la construction de l’Eglise comme sacrement du Christ sur la route des hommes.

Parmi la diversité des ministères qui soutiennent l’Eglise dans sa triple charge de communion, de témoignage et de diaconie, le ministère ordonné a un rôle essentiel pour signifier que le Christ est toujours à l’œuvre. La mise en route de laïcs appelés à des responsabilités ecclésiales n’est pas une solution palliative pour faire face au petit nombre de prêtres. L’Eglise compte sur l’engagement des laïcs mais elle aura aussi toujours besoin de prêtres. Les prêtres ne sont pas seulement les animateurs chargés de coordonner les différents partenaires de la mission, ils sont surtout ceux qui rappellent à tous qu’il n’y a d’Eglise qu’en relation avec le Christ. L’Eglise se reçoit du Christ : il est avec ses disciples jusqu’à la fin des temps (Matthieu 28,20), sans lui ils ne peuvent rien faire (Jean 15,5). Coupée de cette source de vie, l’Eglise ne pourrait tenir. Le ministère des prêtres signifie que le Christ est à jamais l’unique Pasteur de son Eglise.

Le renouveau de la vie ecclésiale n’est pas à poser en termes de relève mais de ressourcement. L’appel du Christ fonde l’Eglise. Le mot « Eglise » (ecclesia) signifie « assemblée convoquée ». L’Eglise n’existe que sur le dynamisme de l’appel et de la réponse. En retrouvant que l’appel fonde la vie de foi et la vie ecclésiale, l’Eglise se situe sur un terrain fertile où l’appel à répondre à une vocation personnelle, et notamment l’appel aux ministères ordonnés, pourra être entendu. Celui qui ne vit pas sa vie de baptisé et son appartenance ecclésiale comme réponse à un appel ne pourra jamais entendre un appel spécifique à une vocation particulière.

Portée par l’appel du Christ, l’Eglise se fait à son tour appelante. Venez et voyez ! (Jean 1,39). C’est bien autre chose que de la propagande et du recrutement. L’Eglise ne sera appelante que si elle opère un retour à la source. Une Eglise qui appelle et fait signe, c’est une Eglise convaincue que sa mission est de croire, de célébrer et de vivre du mystère du Christ, mort et ressuscité pour que tous aient la Vie, la Vie en abondance (Jean 10,10).

 


 

Capter la vie dans toutes les rencontres

Interview de Sœur Marie-Renilde D’Haemer, salésienne de la Visitation, animatrice en pastorale,
propos recueillis par Geneviève Frère

« Etre baptisé » cela implique quoi ?

Vivre de la vie de Dieu pleinement. C’est le slogan du synode « Pour que tous aient la Vie, la Vie en abondance ». C’est croire que Dieu déploie en nous toutes nos possibilités de vie humaine.

Qu’est ce que le Seigneur attend de nous pour mieux témoigner de lui ?

Saint François de Sales disait « Soyons ce que nous sommes et soyons-le vraiment ». Le Seigneur n’impose rien. Il n’attend pas de voir un planning mais que son amour puisse se partager, que chacun puisse être vivant. « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, c’est l’homme debout », pour reprendre les mots de saint Irénée.

Comment participez-vous, par vos responsabilités, à la mission ?

Je suis religieuse et animatrice en pastorale, des engagements qui font partie de moi. Je vis ma mission en étant profondément imprégnée par le mystère de la Visitation. Ma façon de vivre l’Evangile, c’est capter la vie dans toutes les rencontres. Partout il y a une humanité avec ses richesses et ses pauvretés et ensemble nous construisons.