On entend un peu partout bien des discours sur l'Eglise. Les médias, la sociologie, l'histoire en parlent. Ces diverses approches disent quelque chose de l'Eglise mais sait-on vraiment qui elle est et quelle est sa mission ? Eglise, que dis-tu de toi-même ?
Par André Minet, Doyen principal de Thudinie

Le Concile Vatican II a défini l'Eglise comme le sacrement du Christ dans le monde. Cette présentation permet de situer l'Eglise à la fois dans son rapport à Dieu et dans son rapport au monde. L'Eglise est appelée à être sur la route des hommes le signe vivant du salut en Jésus-Christ. L'Eglise est ainsi redécouverte dans son mystère profond et non plus seulement définie par son aspect institutionnel et fonctionnel.

La définition de l'Eglise comme signe (sacrement) met en avant que l'Eglise ne se définit pas d'abord par une série de tâches à accomplir mais par ce qu'elle est appelée à signifier. L'Eglise a mission de porter le signe du Royaume de Dieu sur le chemin des hommes. Cela exige qu'elle soit à la fois profondément enracinée dans le Christ et résolument présente à l'humanité tout entière. Elle rejoint ainsi le grand mouvement de l'incarnation : Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique [...] non pas pour condamner le monde mais pour que par lui le monde soit sauvé (Jean 3,16-17).

L'Eglise ne peut donc exister sans un enracinement spirituel profond qui la tient branchée sur le Christ ni sans une dynamique missionnaire qui la pousse sur les routes du monde. A la suite du Christ venu pour que tous aient la vie en abondance (Jean 10,10), l'Eglise est au service de tout ce qui fait la vie ; rien de ce qui est humain ne lui est étranger.

La visibilité de l'Eglise n'est pas une question de grand nombre, c'est avant tout une question de qualité de présence : l'Eglise fait signe quand elle conduit vers Celui qui donne sens à sa vie.

Tous ceux et celles qui sont devenus chrétiens par le baptême sont illuminés par le Christ, et ensemble ils ont mission de rayonner de cette lumière : Vous êtes la lumière du monde, dit Jésus ; on n'allume pas une lampe pour la cacher mais pour qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison (Matthieu 5,14-15). La maison pour l'Eglise, c'est le vaste monde qui l'entoure. Pour garder son identité, il faut que l'Eglise reste branchée sur la source qui l'éclaire ; et c'est précisément dans les sacrements, et en particulier dans l'Eucharistie source et sommet de la vie et de la mission de l'Eglise, que le Seigneur lui dessine le visage qu'elle a à porter au monde.

Quel visage notre Eglise donne-t-elle au monde de notre temps ? De quoi, de qui nos communautés chrétiennes font-elles signe ? La vraie question à poser est celle de la qualité du signe que l'Eglise porte au monde : est-elle transparente à l'Evangile ou lui fait-elle écran ? Faire Eglise, n'est jamais acquis une fois pour toutes. L'Eglise n'aura jamais fini de se convertir au Christ ni de rechercher comment l'annoncer et en témoigner partout au fil des événements qui font l'aventure humaine. La fidélité de l'Eglise au Christ se vérifie dans sa capacité à s'inscrire comme signe vivant du Royaume dans l'histoire des hommes. Comment notre Eglise diocésaine vit-elle cette mission en ce troisième millénaire ?

Le signe de l'Eglise ne se porte bien qu'ensemble et grâce à l'engagement de chacun. Au sein de l'humanité, l'Eglise est le peuple de Dieu en marche vers le Royaume. Le Concile Vatican II a aussi souligné avec force que l'Eglise n'est pas la seule affaire de quelques-uns qui la font fonctionner. Tous les baptisés sont partenaires de sa mission. L'Eglise est le peuple de Dieu dont chaque membre a une égale dignité. Chacun, selon sa vocation propre, est appelé à prendre part à la mission sacerdotale, prophétique et royale du Christ. Le Concile invite ainsi à passer résolument d'une Eglise qui jadis reposait sur le seul clergé à une Eglise qui repose sur la responsabilité de tous, dans la diversité et la complémentarité des charismes et des vocations de chacun. C'est bien sur ce chemin que notre diocèse est résolument engagé depuis plusieurs années et c'est dans cette direction que le synode relancera sa marche.