Essayons ensemble de retrouver ce qui constitue la respiration en même temps que le cœur de la vie et de la mission de l'Église, et de chacun d'entre nous.
Par Philippe Fortemps et Pascal Mutombo, Secrétaires généraux du synode

« Qu'est-ce que l'Église pour vous ? Selon vous, en quoi est-elle importante pour les hommes de ce temps ? » Quand on pose ces questions autour de nous, on entend typiquement deux familles de réponses. D'une part, l'Église se met au service de tous les hommes, en particulier des plus défavorisés. D'autre part, l'Église porte un message inédit, révélant Dieu qui est Amour et proposant un ensemble de valeurs humaines remarquables. Et ces réponses sont très justes. Nous aurions probablement donné les mêmes.

Dans nos unités pastorales et dans les secteurs pastoraux (santé, entraide,...), beaucoup d'énergie est consacrée à relever les faibles, accompagner les souffrants et réconforter ceux qui peinent... Notre Église diocésaine porte ainsi la mission reçue du Christ d'être au service des hommes (ce qu'on appelle aussi du mot d'origine grecque, la diaconie).

Dans notre diocèse, de nombreuses initiatives ont aussi vu le jour pour proposer à tous le message de l'Évangile. Des équipes de catéchèse, des groupes bibliques,... se mettent à l'écoute de la Parole, pour mieux La connaître et mieux La faire connaître. Ce témoignage (auquel on associe le mot grec de martyre) constitue un deuxième axe de la mission de l'Église.

Mais, il existe dans la mission de l'Église une autre dimension, peut-être trop souvent oubliée... un peu comme si elle était moins importante que les deux autres alors qu'elle est peut-être très urgente à vivre. En effet, on ressent parfois un certain épuisement ou manque d'entrain à se dévouer pour les autres ainsi qu’à témoigner, explicitement ou implicitement dans notre vie, de la Bonne-Nouvelle. Essayons donc ensemble de retrouver ce qui constitue la respiration en même temps que le cœur de la vie et de la mission de l’Église, et de chacun d’entre nous.

Un jour, dans un monastère, nous entendions le témoignage d’une jeune religieuse, sur sa vocation, ses préoccupations des plus pauvres et son écoute de la Parole... lorsqu’au détour d’une phrase, elle nous dit une phrase surprenante « Maintenant, je dois y aller ; le Seigneur m’appelle, le Seigneur m’attend ». La cloche du monastère venait de sonner, annonçant l’heure des vêpres, l’office de prière du début de soirée. Et, notre religieuse avait hâte d’y aller, comme à un rendez-vous amoureux ! Une rencontre à la fois individuelle et communautaire avec le Seigneur !

Vous connaissez cette citation d’Antoine de Saint-Exupéry « Mon ami, j’ai besoin de toi, comme d’un sommet où l’on respire ». La respiration de l’Église, l’endroit et le moment où nous pouvons reprendre souffle, personnellement et en Église, c’est justement dans la rencontre en face à face avec le Christ. À ce moment-là, nous lâchons tout, pour nous en remettre au Seigneur : « Entre tes mains, Seigneur... ». Ce que nous lui confions dépasse largement ce que nous sommes et ce que nous avons fait. En effet,  c’est l’humanité entière, toute l’Église universelle, que, dans l’Esprit Saint, nous présentons au Christ, et par Lui au Père. Ce faisant, nous rejoignons le Seigneur qui nous attend ; bien avant que nous n’ayons besoin de Lui, Il nous espère... Vous vous souvenez du texte si juste de Raymond Devos, où il faisait s’exclamer Dieu de joie : « L’ homme existe, je l’ai rencontré. » Notre présence est certainement le plus beau cadeau, la plus belle réponse que nous puissions Lui faire !

C’est pourquoi nous ne pouvons pas ignorer ce troisième axe de la mission et de la vie de l’Église : être signe « de l’union intime avec Dieu et de l’unité du genre humain » (Lumen Gentium, 1), ce que les théologiens appellent koinonia, un mot grec pour « communion ».

Comment retrouver l’urgence de la mission de l’Église, pour nous et pour le monde ? En particulier, comment redécouvrir notre responsabilité à porter humblement, au sein de l’offrande du Christ, le monde qui est le nôtre et à l’offrir au Père ? Et comment goûter la liturgie, non pas comme un recueil de trucs et astuces, ni comme l’affaire du seul célébrant ou de la chorale, mais comme l’invitation que le Christ nous adresse de nous unir personnellement à son offrande au Père pour le salut du monde ? Comment notre Église diocésaine peut-elle vivre davantage l’urgence de son face à face avec le Seigneur ?

C’est le sens de la première question que notre Évêque nous pose pour ce synode. C’est aussi une responsabilité que nous portons face au monde et à Dieu. C’est enfin l’invitation personnelle qu’à son tour, le Christ nous adresse : « Mon ami, j’ai besoin de toi, comme d’un sommet où l’on respire ».

 


Offrir le monde à Dieu

Témoignage d’une personne malade

Seule à la maison, ne te sens-tu pas isolée du monde ?

Qu’on soit mère au foyer, personne malade ou âgée, …, ce n’est pas toujours facile de vivre seul à la maison ; mais dans la foi, nous nous savons très liés avec toute l’humanité. Comme baptisée, je fais partie du Corps du Christ. Et puisqu’en Jésus, Dieu a pris part à notre humanité tout entière, c’est avec tous les hommes sans exception que je suis solidaire.  Alors, ce que je vis est vraiment au-delà de moi-même. Quelque part, je peux dire avec saint Paul : Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Galates 2,20).

Et qu’est-ce que cette vie du Christ en toi ?

À la messe, je suis frappée par cette petite phrase qu’on entend à peine : « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde… » Toute l’eucharistie est célébrée dans cette double perspective. À partir de là, mes journées aussi – mon quotidien banal de souffrances ou de joies –, je peux les offrir pour rendre gloire à Dieu et intercéder pour tous les hommes ! Aussi petite que je sois, mais à la suite du Christ, c’est le monde entier que je souhaite porter vers le Père. Alors, avec toute l’Église, humblement, je m’unis à l’offrande que le Christ a faite de Lui-même et du monde, afin que tout homme puisse entrer dans l’amitié que Dieu lui propose et redécouvrir la fraternité humaine.

Voilà ma manière préférée de participer à la mission de l’Église. Et je ne pense pas que cela soit réservé aux personnes malades…