Chaque année, des enfants, des adolescents, des adultes sont baptisés. L’Eglise et les familles sont-elles aujourd’hui encore ces lieux de naissance et de croissance à la vie de Dieu ?
Par Christine Merckaert et Alix Tumba, respectivement responsable du service diocésain du catéchuménat et animatrice au service de la pastorale des familles

Allez donc, de toutes les nations faites des disciples (Matthieu 28, 19a). L’injonction du Christ a encore aujourd’hui toute sa pertinence pour les chrétiens. Non que nous aurions à faire nombre ou que nous serions meilleurs mais tout simplement parce que nous reconnaissons la Source qui nous fait vivre et désirons que d’autres en vivent : un Dieu qui aime inconditionnellement l’homme, qui vient à sa rencontre et lui ouvre un chemin de liberté, qui cherche à se lier d’amour en disant à chacun combien il est unique et précieux. Un Dieu qui transfigure les limites de l’homme qui lui ouvre son cœur. Un Dieu qui appelle à toujours voir la brèche dans les impasses les plus obscures et pour qui la mort n’aura jamais le dernier mot. Un Dieu qui appelle à vivre de cette vie-là, toute tournée vers les autres. Un Dieu qui envoie son Fils chez les hommes pour que tous aient la Vie, la Vie en abondance… (Jean 10, 10)

Dieu est le seul à pouvoir engendrer à sa propre vie. Cependant, quand il vient à la rencontre, c’est en empruntant les chemins des hommes, ceux qui passent par les sens, par l’émotion, par les relations. Une parole, un geste qui touche, interpelle ou bouleverse le destinataire sans que celui qui le pose en soit toujours réellement conscient. Un signe qui renvoie à plus grand, qui déclenche un questionnement dans un contexte qui a ouvert le cœur. Un premier pas qui se poursuivra peut-être un jour par une demande de cheminement vers les sacrements de l’initiation chrétienne.

Dans notre diocèse, ils seront près d’une cinquantaine d’adultes ou grands jeunes à être baptisés, confirmés et eucharistiés au cours de la veillée pascale 2012. Comment ne pas se laisser interpeller par ces conversions ? Comment ne pas s’émerveiller à l’écoute de leurs histoires, toutes différentes et pourtant qui ont en commun un évènement parfois discret mais qui vient changer le cours de la vie : une visitation… Mais après l’émerveillement devant ces signes que Dieu fait à la personne et à nos communautés chrétiennes, il ne faudrait pas oublier le questionnement qu‘il appelle. Comment réellement accueillir ces nouveaux venus ? Sommes-nous suffisamment conscients et enthousiastes du cadeau qu’ils nous font et de celui que nous pouvons leur offrir ? Sommes-nous prêts à nous laisser déplacer par leur fraîcheur ?

Comment devenir ensemble une communauté authentique qui sera signe de la présence du Ressuscité ?

Des adultes… aux tout-petits

A côté de ces adultes ou de ces jeunes qui naissent à la Vie… ils sont encore très nombreux ces tout-petits pour qui les parents demandent le baptême. A une époque où être chrétien n’est plus une évidence, où devenir chrétien signifie aujourd’hui rejoindre une minorité, les jeunes parents sont souvent démunis pour exprimer leur foi, donner sens à la démarche ou éveiller l’enfant à une relation à Dieu. Pourtant, ils sont le plus souvent conscients du cadeau que la vie vient de leur faire et prêts à y donner ou chercher du sens avec d’autres.

Comment ouvrir des chemins d’accueil mutuel, de rencontre où la parole humaine pourra croiser celle du Seigneur ? Comment accompagner ces demandes de baptême de petits enfants en ce début de 21ème siècle ? Comment faire des disciples ?

Dans une société individualiste, sous la pression du temps et des contraintes économiques, les familles sont fragilisées. Or la famille, quelle que soit sa forme – classique, monoparentale, recomposée ou autre - est le premier lieu où l’enfant expérimente la confiance qui fait grandir, le sentiment d’être aimé, la vie relationnelle avec ses joies et ses inévitables difficultés. C’est dans cette première cellule de vie communautaire qu’il sera éveillé à la présence des autres à respecter et à aimer et peut-être à la Présence de Celui qui est la source de cet amour et nous ouvre des chemins de rencontres vraies et de pardon pour grandir dans la liberté. Quel défi ! Projet ambitieux sans aucun doute… projet de Dieu !

Comment en tant qu’Eglise être soutien à ces jeunes parents dans le tumulte de la vie ? Comment être signe d’un Dieu qui se fait proche et leur manifester compassion et tendresse ? Comment les accompagner dans leur mission de parents et de parents chrétiens ? Comment articuler la mission des parents et celle de la catéchèse ? Comment entendre à nouveau : Faites des disciples !

Un christianisme de conversion

Aujourd’hui, le défi est peut-être d’entrer ensemble dans un christianisme de conversion.

Depuis quelques années, dans notre diocèse, des expériences de rencontres de catéchèse communautaire se vivent avec fécondité dans bon nombre d’unités pastorales. N’y a-t-il pas là des pistes à creuser et à évaluer ? Et d’autre part, la pratique catéchuménale propose des données objectives qui peuvent éclairer toute proposition d’initiation : la place et l’importance de l’accueil dans une communauté, le soutien d’un aîné dans la foi, la découverte de l’Ecriture qui devient Parole, l’importance d’un itinéraire qui se déploie dans le temps. Un itinéraire ponctué d’étapes rituelles qui marquent le cœur et le corps, et de temps de relecture pour trouver ensemble les mots de la foi, entrer dans la prière et apprendre à vivre en disciple.

De toutes les nations, faites des disciples… en s’ouvrant au vent de l’Esprit pour libérer l’Evangile et donner à goûter sa pertinence et son lien à la vie… pour que tous aient la Vie !

 


 

Comment grandir dans la Foi ?

Propos recueillis par Geneviève Frère auprès de Patrick de Bucquois.

Où est Dieu dans votre famille, dans votre couple ?

En chacun de nous. Je le sens dans le cœur de chacun de mes enfants. Il est d’abord là. Ma femme et moi partageons une Foi forte et en harmonie. Nous avons 5 enfants, 5 expériences de Dieu. C’est passionnant de voir comment nos enfants, qui ont reçu la même éducation, cheminent différemment dans la Foi.

Pourquoi transmettre le Christ à vos enfants ?

Quand tu sens que tu vis dans le Christ et que le Christ vit en toi, la question ne se pose pas. Un amour que tu ressens, tu ne peux pas le garder pour toi. Nous essayons de respecter la liberté de nos enfants mais nous avons voulu nous engager sur les chemins qui nous semblaient justes pour nous et pour eux. Il ne faut pas avoir peur mais le faire avec respect. Ainsi, nous avons fait baptiser nos enfants. Ils ont pu bénéficier comme nous d’une éducation chrétienne. Ils peuvent choisir à l’âge adulte mais nous n’avons pas voulu leur refuser ce que nous avions reçu nous-mêmes. De même, pendant 10 ans, nous avons vécu dans un projet communautaire chrétien. Nos enfants grandissaient, de ce fait, dans un environnement très particulier. Quand ils sont devenus plus grands, nous avons déménagé pour diverses raisons, mais notamment parce que cela pouvait devenir plus difficile à vivre pour eux.

Comment transmettre le Christ à vos enfants ?

Nous sommes pour quelque chose dans la transmission mais ce n’est pas seulement nous. La transmission a emprunté beaucoup de chemins. Nous avons intégré nos enfants dans des lieux où ils pouvaient grandir, dans des écoles avec de bons professeurs de religion, dans les mouvements de jeunesse. Tout simplement, on leur lisait des histoires, la fresque biblique. On priait avec eux lors de moments particuliers qui jalonnent une vie. Par exemple le dimanche matin avant le petit déjeuner. Maintenant qu’ils sont plus grands, ils nous voient prier. Ils savent que l’on va à la messe. Et puis bien sûr, il y a les discussions et les échanges, notamment à table. Plus ils deviennent grands, plus nous échangeons entre adultes. Avec certains, cela devient une relation de compagnon de route dans la Foi.

Qu’est-ce qui vous aide à remplir cette mission ?

Des personnes. Une fois que l’on se marie, on fait sa vie avec une  personne en particulier. Une distance se crée de ce fait avec d’autres.  On s’engage dans un travail. Nous avons un ami et confident dans la Foi, un moine que l’un de nous a connu jeune, et que nous avons retrouvé après plusieurs années en nous apercevant avec étonnement que nous avions fait le même type de cheminement, nous en couple, lui vers le sacerdoce. Mais les personnes vivent dans des lieux telles les paroisses qui sont aussi des lieux de relation.