Synthèse théologique par l'abbé Thierry Bierlaire, prêtre Fidei Donum à Salvador da Bahia au Brésil. Les coordonnées précises de l'auteur sont renseignées dans l'annuaire du diocèse.

Dans la langue française, le mot prêtre est ambivalent. Il peut avoir un sens sacerdotal ou presbytéral, selon qu’il traduit le latin sacerdos (pl.: sacerdotes) ou presbyter (pl.: presbyteri). Voilà la raison pour laquelle la synthèse théologique ci-dessous renonce au mot français prêtre et utilise les termes latins sacerdos et presbyter. Certes, la langue latine n’apparaît pas dans l’Écriture Sainte; toutefois, le Concile Vatican II y recourt. On comprendra que le Christ est prêtre (sacerdos), grand prêtre (summus sacerdos) mais n’est pas prêtre (presbyter)… Et que les prêtres (presbyteri), qui exercent un ministère sacerdotal, ne sont pas simplement prêtres (sacerdotes)…

1. LE SACERDOCE DANS L’ANCIEN TESTAMENT

Dans l’Ancien Testament, l’évolution des figures passe de la pluralité à l’unité. D’une diversité de temples, de sacrifices et de sacerdotes, l’Ancien Testament évolue vers le temple de Jérusalem, le sacrifice d’expiation et le summus sacerdos. La solennité du «jour des expiations» («yom hakkippurim») est le point d’arrivée du système sacerdotal ancien (Lv 16,1-34; 23,26-32): à un moment sacré (jour de «kippur»), dans un endroit sacré (temple de Jérusalem), une action sacrée (sacrifice d’expiation) est effectuée par une personne sacrée (summus sacerdos) afin d’entretenir la relation avec Dieu.

L’Ancien Testament s’accomplit dans le Nouveau Testament. L’histoire du salut possède une unité intérieure, obtenue par le Christ. Par sa mort et sa résurrection, le Christ devient simultanément le temple nouveau, le sacrifice parfait et le sacerdos ou summus sacerdos unique. Il y a une continuité entre les charges des sacerdotes de l’Ancien Testament et le sacerdoce du Christ.

Au temps de l’Ancien Testament, les mots «kohen», en hébreu, et «hiereus», en grec, désignent le sacerdos. À propos des ministres des communautés, le Nouveau Testament utilise le terme «presbuteros», en grec, qui devient «presbyter», en latin. À l’époque patristique, apparaît le terme latin «sacerdos», traduisant «hiereus». Les deux terminologies, sacerdotale et presbytérale, subsistent selon des modes différents.

2. LE SACERDOCE DANS LE NOUVEAU TESTAMENT

En général, le Nouveau Testament n’applique pas le vocabulaire sacerdotal au Christ ni à ses disciples; et il désigne les ministres des communautés en recourant à une terminologie qui n’est pas sacerdotale mais profane («episkopos», «presbuteros», «diakonos», etc.). Cependant, la jonction entre le sacerdoce et la foi chrétienne apparaît dans trois livres.

La Lettre aux Hébreux enseigne que le Christ est sacerdos («hiereus»), summus sacerdos («archiereus»). Dans une première étape, la Lettre présente les aspects fondamentaux du sacerdoce du Christ. Celui-ci est summus sacerdos digne de foi parce que Fils de Dieu (He 3,1-6: relation avec Dieu) et miséricordieux parce que solidaire des hommes (He 4,15-5,10: relation avec les hommes). Dans une seconde étape, la Lettre présente les aspects spécifiques du sacerdoce du Christ. Celui-ci est summus sacerdos à l’image de Melchisédech (He 7,1-28: position sacerdotale nouvelle; le Christ est le sacerdos) et, en s’offrant lui-même, conclut avec Dieu l’alliance (He 8,1-9,28: action sacerdotale nouvelle; le Christ est le sacrifice) qui apporte le salut et donne accès à Dieu (He 10,1-18: efficacité sacerdotale nouvelle et définitive; le Christ est le temple).

La Première Lettre de Pierre attribue le sacerdoce («hierateuma») à l’Église. Celle-ci constitue un organisme sacerdotal et possède un fonctionnement sacerdotal, par l’action du Christ (1 P 2,4-10). Le ministère des presbyteri participe à la relation sacerdotale que le Christ («archipoimen» ou grand pasteur) entretient avec l’Église (1 P 5,1-4).

Le Livre de l’Apocalypse affirme que les chrétiens sont rois et sacerdotes («hiereis»). Ils accomplissent une mission déterminante dans l’histoire du monde (dignité royale) parce qu’ils occupent une position privilégiée face à Dieu (dignité sacerdotale) (Ap 1,6; 5,10; 20,6).

3. L’HISTOIRE DES MINISTÈRES

À l’époque du Nouveau Testament (+30-95), à propos des ministères, cinq éléments surgissent: Dieu prend l’initiative; la mission est importante; il y a une dialectique entre tous et quelques-uns; la communauté participe au choix des ministres; les épiscopes assument un ministère principal.

À l’époque patristique (fin du 1er s. - 7ème s.), quatre étapes se succèdent: la structure épiscope-presbytres-diacres apparaît; l’Eucharistie est prioritaire et les évêques ont des collaborateurs; dès le troisième siècle, le vocabulaire sacerdotal se réfère aux évêques et, ensuite, aux presbyteri; Augustin d’Hippone affirme que le Christ est le summus sacerdos.

Thomas d’Aquin (1225-1274), concernant le sacrement de l’ordre, propose quelques principes: l’ordre confère un pouvoir spirituel qui a, comme premier objet, l’Eucharistie; le caractère est «sacramentum et res», c’est-à-dire signe du sacerdoce du Christ et pouvoir réel d’exercer le ministère; dans le gouvernement pastoral, l’évêque est supérieur au presbyter.

Le Concile de Trente (1545-1563), dans son décret dogmatique sur le sacrement de l’ordre, officialise l’enseignement de Thomas d’Aquin: le ministère sacerdotal est lié à la célébration de l’Eucharistie, etc. Le Concile, dans ses décrets disciplinaires, met en évidence la nécessité d’annoncer la Parole de Dieu, de fonder des séminaires dans les diocèses, etc.

Le Concile Vatican II (1962-1965) unifie, dans une vision synthétique, ce qui reste séparé à Trente et l’inscrit dans un nouvel espace doctrinal qui part du mystère de Dieu, de l’identité et de la mission de l’Église ainsi que du ministère des évêques.

4. LES PRINCIPES DES MINISTÈRES

Le Concile Vatican II choisit une approche ecclésiologique des ministères, qui inclut une approche sacramentaire. La Constitution Dogmatique Lumen Gentium sur l’Église débute en considérant le mystère et la nature de l’Église (ch. 1 et 2). Ensuite, la Constitution aborde les ministères dans l’Église (ch. 3 et 4).

Le Concile présente l’Église en termes de sacrement (LG 1, 9-3, 48-2) et situe, à l’intérieur de la dynamique de la sacramentalité de l’Église, les ministères ordonnés. Le sacrement de l’ordre est reçu en plénitude par les évêques et partagé par les presbyteri et les diacres (LG 21-2, 28-1, 29-1).

Dans la Constitution Lumen Gentium, en plaçant le chapitre sur «le Peuple de Dieu» avant ceux sur «la constitution hiérarchique de l’Église» et «les laïcs», le Concile enseigne que l’Église se construit communautairement, avant certaines différences. Dans le Peuple de Dieu, tous sont, d’abord, baptisés; après ce qui est commun, viennent les vocations et les distinctions spécifiques: il y a des évêques, des presbyteri, des diacres et des laïcs.

Dans l’Église, peuple sacerdotal, il existe deux formes de participation à l’unique sacerdoce du Christ: le sacerdoce existentiel ou commun des baptisés et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique des évêques et des presbyteri (LG 10-1.2). Ces deux sacerdoces s’ordonnent l’un à l’autre; le second est au service du premier. Ils se différencient selon l’essence, et pas seulement selon le degré; une différence de degré apparaît à l’intérieur du sacerdoce ministériel. D’un côté, par le sacrement du baptême, les baptisés exercent le sacerdoce existentiel et participent à un aspect de la vie du Christ (s’offrir soi-même). D’un autre côté, par le sacrement de l’ordre, les évêques et les presbyteri exercent le sacerdoce ministériel et participent à un aspect de la mission du Christ (faire alliance, rassembler l’Église).

Dans le sacrement de l’ordre, un charisme ministériel est donné. Celui-ci rend semblable au Christ, attribue un ministère ainsi que la capacité de l’exercer. En d’autres termes, par l’Esprit Saint reçu dans l’ordination sacramentelle, les évêques et les presbyteri sont configurés au Christ Sacerdos (position sacerdotale) et agissent en la personne du Christ Tête (action sacerdotale) afin de construire l’Église qui est son Corps (efficacité sacerdotale) (LG 10-2, 21-2, 28-1; PO 2-3, 12-1). On perçoit, dans les ministères des évêques et des presbyteri, un dynamisme pneumatologique, christologique et ecclésiologique. Tous les ministères se définissent par le service à l’Église qui, à son tour, se détermine par sa mission au service du monde.

La liturgie est un sommet et une source (LG 11-1; PO 5-2). L’Église célèbre l’Eucharistie; l’Église a, comme finalité, l’Eucharistie. Et l’Eucharistie construit l’Église; l’Eucharistie soutient la vie de l’Église. L’Église est le Corps (Mystique) qui se manifeste, se réalise dans l’Eucharistie et l’Eucharistie est le Corps (Véritable) qui donne un fondement substantiel à l’Église. Le Christ a confié, l’une à l’autre, l’Église et l’Eucharistie. Le Corps unique du Christ croît, jusqu’à son accomplissement, par une interaction, une causalité réciproque entre l’Église et l’Eucharistie. Le Père Henri de Lubac écrivit: «L’Église fait l’Eucharistie et l’Eucharistie fait l’Église». Il laissa entendre: «Le ministère sacerdotal (des évêques et des presbyteri) existe pour l’Église et l’Eucharistie tandis que l’Eucharistie et l’Église existent pour tous les êtres humains» (Méditation sur l’Église, pp. 122-137).

Chaque ministère possède trois dimensions indissociables. Une dimension communautaire: le Concile légitime la responsabilité ecclésiale (LG 32-3); le Catéchisme de l’Église Catholique enseigne que tous les fidèles participent à la compréhension et à la transmission de la foi révélée (CEC 91). Une dimension collégiale: le Concile met en évidence la collégialité épiscopale; il affirme que les évêques succèdent aux apôtres (LG 19 et 20) et sont tenus à la sollicitude envers l’Église universelle (LG 23-2). Une dimension personnelle: le Concile confirme le primat de l’évêque de Rome; il déclare que le pape garde l’Église dans l’authenticité de la foi, la pleine communion et, aussi, assume le gouvernement universel de l’Église (LG 18-2, 22-2).

5. LE MINISTÈRE DES ÉVÊQUES

Dans la Constitution Dogmatique Lumen Gentium, le Concile Vatican II élabore, en quatre points, la théologie du ministère épiscopal.

L’apostolicité de l’épiscopat (LG 19 et 20): afin que la mission confiée par le Christ puisse être accomplie jusqu’à la fin des temps, les apôtres ont transmis à des hommes la charge de poursuivre leur œuvre après leur mort. Le collège des évêques succède au collège des apôtres et l’évêque de Rome succède à l’apôtre Pierre.

La sacramentalité de l’épiscopat (LG 21): l’ordination épiscopale confère une grâce et un caractère. Elle transmet le sacerdoce ministériel, en premier degré, aux évêques; ceux-ci sont les premiers des ministres à participer au sacerdoce du Christ. Les évêques tiennent la place du Christ Tête et agissent en sa personne afin de construire son Corps qui est l’Église.

La collégialité de l’épiscopat (LG 22 et 23): les évêques sont membres du collège épiscopal par leur ordination et leur communion avec le chef et les membres du collège. Celui-ci existe en union avec son chef, le pontife romain. Un évêque représente son Église particulière auprès des autres Églises particulières et de l’Église universelle, et vice versa.

Le déploiement de l’épiscopat en une triple charge (LG 24 à 27): les fonctions des évêques consistent à annoncer, célébrer et gouverner. Les évêques exercent un magistère, président à l’administration des sacrements dans leurs diocèses et dirigent les communautés qui leur furent confiées.

6. LE MINISTÈRE DES PRESBYTERI

Le Concile Vatican II renouvelle la théologie du ministère presbytéral. La Constitution Dogmatique Lumen Gentium, qui présente la nature du presbytérat, constitue la base normative du Décret Presbyterorum Ordinis qui possède une orientation pastorale.

Les presbyteri se trouvent dans une relation de communion (les presbyteri sont unis aux évêques dans le ministère sacerdotal) et de coopération avec l’ordre épiscopal (les presbyteri sont les coopérateurs des évêques dans l’exercice de leur ministère) (LG 28-1.2; PO 2-2.3, 12-1). Par la grâce reçue à l’ordination, les presbyteri sont marqués par un caractère et configurés au Christ Sacerdos; ils agissent en la personne du Christ Tête afin de construire l’Église qui est son Corps (PO 2-3, 12-1).

L’expression «coopérateurs des évêques» propose une conception élevée des presbyteri, véritables sujets du ministère apostolique. À propos des évêques et des presbyteri, la définition du sens de leurs ministères et la description de leurs tâches sont identiques: les presbyteri, comme les évêques, agissent en la personne du Christ Tête (PO 2-3, 12-1) et assument les fonctions de l’annonce, de la célébration et du service pastoral (PO 4 à 6). Cependant, les presbyteri exercent leur ministère en dépendance de l’autorité épiscopale et dans un champ pastoral limité: les presbyteri annoncent la Parole de Dieu, mais sans responsabilité magistérielle; ils célèbrent l’Eucharistie, mais ni la confirmation ni l’ordre; ils rendent un service pastoral, mais dans des communautés plus petites que les diocèses.

De même qu’il y a une distinction entre le vocabulaire «sacerdotal» et le vocabulaire «épiscopal», la différence entre le «sacerdotal» et le «presbytéral» doit être mise en évidence. La catégorie sacerdotale n’est pas une catégorie-sujet (le sacerdoce n’est pas simplement le presbytérat) mais une catégorie-attribut (les baptisés et, d’une autre manière, les évêques et les presbyteri sont des participants au sacerdoce du Christ). Dans le cas des évêques et des presbyteri, la catégorie sacerdotale désigne leur participation ministérielle au sacerdoce du Christ, leur participation à un aspect de la mission du Christ (faire alliance, rassembler l’Église), à son action de médiateur. Les évêques et les presbyteri ne sont pas des médiateurs mais des ministres de l’unique médiateur.

Pourquoi des évêques et pourquoi des presbyteri? L’Église a besoin des ministères des évêques et des presbyteri pour établir, expérimenter, vérifier son identité de Peuple de Dieu, de Corps du Christ, dépendant du Seigneur et au service des hommes. En disant aux communautés «le Seigneur soit avec vous», les évêques et les presbyteri leur rappellent qu’elles n’existent pas seules et ils font en sorte qu’elles portent la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu au monde entier. Les évêques et les presbyteri signifient et réalisent l’initiative du Seigneur envers l’Église et, à travers elle, envers le monde. Les évêques et les presbyteri ne sont pas des hommes du sacré au-dessus ou en dehors du Peuple de Dieu mais des signes et des serviteurs de Dieu qui rassemble son Peuple, du Christ Tête qui construit son Corps; ils sont des signes et des serviteurs de l’alliance en faveur des hommes. Il est nécessaire de considérer, avant tout, non pas ce que les évêques et les presbyteri font mais qui ils sont et en vue de quoi ils agissent. Les ministères des évêques et des presbyteri impliquent des tâches mais, surtout, ils leur donnent un sens.

7. LA VIE DES PRESBYTERI

Le Décret Presbyterorum Ordinis sur «le ministère et la vie des presbyteri», qui exprime le sens du ministère presbytéral (PO 2-3), propose une articulation entre les divergences qui, au cours de la quatrième session du Concile Vatican II, surgirent à propos des dimensions du ministère. Des évêques voulaient mettre en évidence la célébration de l’Eucharistie, comme au Concile de Trente; d’autres évêques, parmi lesquels se trouvaient les chefs de la majorité conciliaire, voulaient accorder plus d’attention à la mission apostolique, comme dans la Constitution Dogmatique Lumen Gentium (LG 19 et 20, etc.). Le Décret part de la mission et arrive à l’Eucharistie; la priorité de la mission inclut la priorité de l’Eucharistie (PO 2-4). Une telle dynamique manifeste le lien qui va du ministère à la vie des presbyteri.

Dans le Décret Presbyterorum Ordinis, le chapitre 3 sur «la vie des presbyteri» possède une première section qui présente, dans sa relation avec le ministère, la vocation des presbyteri à la sainteté ou perfection. Par le sacrement de l’ordre, les presbyteri reçoivent une consécration particulière à Dieu; celle-ci exige une perfection vers laquelle, dans l’exercice de leur ministère, les presbyteri doivent s’orienter. Cette dynamique est développée en trois paragraphes du Décret.

Le paragraphe 12 établit une relation entre le ministère des presbyteri et leur consécration qui les configure au Christ: afin d’agir en la personne du Christ Tête, les presbyteri sont configurés au Christ Sacerdos. Le paragraphe montre que le bon exercice du ministère constitue le champ de la sanctification des presbyteri, leur permet de vivre leur consécration et d’alimenter leur vie spirituelle; dans le ministère bien exercé, s’édifie la sainteté presbytérale. Et le paragraphe déclare qu’à son tour, la sainteté des presbyteri contribue à l’accomplissement fructueux de leur ministère.

Selon le paragraphe 13, les presbyteri s’orientent vers la sainteté en assumant les diverses fonctions de leur ministère; l’annonce, la célébration et le service pastoral conduisent les presbyteri à leur sainteté spécifique. L’originalité du paragraphe consiste à enseigner non seulement que, dans l’exercice des tâches de leur ministère, les presbyteri sont invités à être témoins de la sainteté presbytérale mais, surtout, qu’ils sont appelés à demeurer en communion avec le Christ qui, à travers eux, accomplit sa mission de prophète, de sacerdos, de pasteur et leur permet de participer à sa charité.

Le paragraphe 14 considère l’harmonie de la vie des presbyteri. Face aux exigences de l’activité extérieure de leur ministère, comment les presbyteri unifient-ils leur vie intérieure? Il importe de suivre, dans l’exercice du ministère, l’exemple du Christ qui accomplit la volonté du Père et réalise son œuvre; il convient de s’unir au Christ. Le principe de l’unité de la vie presbytérale est une personne vivante: le Christ qui agit par l’intermédiaire de ses ministres. L’union au Christ engendre la charité pastorale, se vérifie dans la fidélité à l’Église et exige la communion avec les évêques et les presbyteri.

8. UN CHEMIN POUR LA RÉFLEXION

Monseigneur Guy Harpigny explique qu’après le Concile Vatican II, souvent, il ne sembla plus nécessaire d’accorder autant d’attention, d’une part, à la participation spécifique des presbyteri au sacerdoce du Christ et, d’autre part, à la vie, à l’état de vie des presbyteri (Église de Tournai 11, 2006, pp. 476-477). L’insistance fut mise sur le ministère des presbyteri; la recherche théologique décrivit leur charge pastorale. Le presbyter fut réduit à son ministère et le ministère presbytéral fut limité à la fonction de curé, que le Rituel des Ordinations ne mentionne pas. Une logique d’organisation atteignit une variété de services dans l’Église. Des presbyteri et des fidèles laïcs furent insatisfaits. En faisant beaucoup de choses dans le domaine ecclésial, on court le risque de ne pas rencontrer Dieu; l’engagement se substitue à la foi et se vide, perd sa consistance. La charge pastorale fut tant objectivée qu’elle put être divisée en tâches. Parmi celles-ci, certaines furent transmises à des laïcs. Des questions surgirent. Pourquoi la présidence de la célébration des sacrements n’est-elle pas confiée à des laïcs? La perception fonctionnelle du ministère des presbyteri engendra des débats à propos de la vie des presbyteri. Pourquoi le ministère presbytéral n’est-il pas proposé à des femmes? Le ministère ordonné ne se comprend pas seulement à partir de la fonction, quelle qu’elle soit. Il se situe dans l’ordre de la foi et des réalités qui ne se voient pas. Les évêques et les presbyteri signifie l’être, le sacerdoce du Christ pour l’Église et pour le monde. Il convient que les ministres ordonnés évoluent en accord avec les questions de l’évêque, le jour de l’ordination; il y a toujours une question qui concerne la charge de la prière, lieu capital de l’exercice du ministère ordonné (Rituel des Ordinations, pp. 35 et 63, 91 et 117, 146 et 171). L’Église et ses ministres ont une force: l’être humain est ouvert à la relation à Dieu. Les ministres agissent avec succès quand, grâce à eux, les catholiques font l’expérience de Dieu et les non-catholiques sont au courant de cette expérience. On ne peut pas répondre seulement aux demandes des catholiques; personne ne reçoit l’ordination uniquement pour des gens qui sont catholiques.

Dans la compréhension du Décret Presbyterorum Ordinis, le Cardinal Joseph Ratzinger constate l’existence d’une opposition entre deux conceptions du ministère presbytéral (Faire route avec Dieu. L’Église comme communion, pp. 141-161). La première conception, fonctionnelle (faire), présente le ministère des presbyteri comme un service pour l’Église. La seconde conception, ontologique et sacramentelle (être), fonde l’aspect fonctionnel dans l’être du ministre, marqué par un sacrement ou don de Dieu. Le Cardinal situe le ministère des presbyteri dans l’ordre de la foi, c’est-à-dire dans une perspective ontologique, sacramentelle servant de base à l’aspect fonctionnel et lui donnant sa consistance. La relation des presbyteri avec le Christ constitue le fondement et la profondeur de leur relation avec l’Église. Par leur adhésion au Christ, les presbyteri appartiennent radicalement à l’Église et à l’humanité.

C’est pourquoi, en affirmant que les presbyteri sont appelés à être avec Jésus (Mc 3, 14), le Pape Benoît XVI désire «que le Seigneur soit leur part d’héritage et leur coupe (Ps 16, 5). Si le presbyter fait de Dieu le fondement et le centre de sa vie, alors il expérimentera la joie et la fécondité de sa vocation. Le presbyter doit être, avant tout, un homme de Dieu (1 Tm 6, 11), un homme qui connaît Dieu ‘‘en première main’’, qui cultive une profonde amitié personnelle avec Jésus, qui partage les sentiments de Jésus (Ph 2, 5). C’est seulement ainsi que le presbyter sera capable de porter Dieu, le Dieu incarné en Jésus-Christ, aux hommes et d’être le représentant de son amour. Pour accomplir sa très haute mission, il doit posséder une solide structure spirituelle et vivre toute son existence animé par la foi, l’espérance et la charité. Il doit être, comme Jésus, un homme qui cherche, à travers la prière, le visage et la volonté de Dieu» (Discours inaugural de la Conférence d’Aparecida, n. 5).