En quels lieux, aujourd'hui, la nature et la mission de l'Eglise sont-elles pleinement manifestées ?

En deux siècles, la mission pastorale de l'Eglise catholique en Belgique est passée d'une situation où presque tout le monde était catholique à une situation où les personnes qui se perçoivent comme membres de l'Eglise catholique pensent qu'elles sont une minorité dans la société. Durant les deux derniers siècles, les structures mises en place pour manifester la mission pastorale de l'Eglise catholique ont beaucoup évolué. Aujourd'hui, ces structures peuvent apparaître comme étant trop lourdes et trop nombreuses. Un discernement s'impose. Annoncer le Christ et faire naître des communautés de disciples du Christ, heureux de témoigner de l'Evangile dans la société actuelle sont des éléments majeurs pour le discernement. En même temps, seuls, nous n'y arriverons pas. Nous demandons à l'Esprit Saint de dire à notre diocèse ce que Dieu attend de nous.

C'est la proposition 2 du Synode diocésain.

Une paroisse, d'après le Code de Droit Canonique

D'après le Code de Droit canonique de 1983, la paroisse est (canon 515, § 1) la communauté précise de fidèles qui est constituée d'une manière stable dans l'Eglise particulière, et dont la charge pastorale est confiée au curé, comme à son pasteur propre, sous l'autorité de l'Evêque diocésain.

Au canon 526 § 1 : Un curé n'aura la charge paroissiale que d'une seule paroisse ; cependant, à cause de la pénurie de prêtres ou d'autres circonstances, la charge de plusieurs paroisses voisines peut être confiée au même curé.

Faire naître des assemblées de fidèles, d'après un Décret de Vatican II

Dans le Décret sur l'activité missionnaire de l'Eglise (Ad gentes), le concile Vatican II parle de la prédication de l'Evangile et du rassemblement du Peuple de Dieu (n° 15) : Quand l'Esprit Saint qui appelle tous les hommes au Christ par les semences du Verbe et la prédication de l'Evangile, et produit dans les cœurs la soumission de la foi, engendre à une nouvelle vie dans le sein de la fontaine baptismale ceux qui croient au Christ, il les rassemble en un seul Peuple de Dieu qui est race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple acquis (1 Pierre 2, 9).

Les missionnaires, donc, collaborateurs de Dieu (1 Corinthiens 3, 9), doivent faire naître des assemblées de fidèles qui, menant une vie digne de l'appel qu'elles ont reçu (Ephésiens 4, 1), soient telles qu'elles puissent exercer les fonctions à elles confiées par Dieu : sacerdotale, prophétique, royale. C'est de cette manière qu'une communauté chrétienne devient signe de la présence de Dieu dans le monde : par le sacrifice eucharistique en effet, elle passe au Père avec le Christ ; nourrie avec soin de la parole de Dieu elle présente le témoignage du Christ ; elle marche enfin dans la charité et est enflammée d'esprit apostolique.

Une communauté chrétienne doit dès le début être constituée de telle manière qu'elle puisse dans la mesure du possible, pourvoir elle-même à ses besoins.

Ce rassemblement des fidèles, doté des richesses culturelles de sa propre nation, doit être profondément enraciné dans le peuple : les familles doivent s'y épanouir, pénétrées de l'esprit évangélique et y être aidées par des écoles valables ; on doit y organiser des associations et des groupements au moyen desquels l'apostolat des laïcs pourra pénétrer de l'esprit évangélique toute la société. La charité enfin doit y briller dans son éclat entre les catholiques de rites différents (...).

En outre, pour l'implantation de l'Eglise et le développement de la communauté chrétienne, sont nécessaires des ministères divers, qui, suscités par l'appel divin du sein même de l'assemblée de fidèles, doivent être encouragés et respectés par tous avec un soin empressé : parmi eux, il y a les fonctions des prêtres, des diacres et des catéchistes, et l'action catholique. De même les religieux et les religieuses remplissent, soit par la prière soit par leur dévouement actif, une tâche indispensable pour enraciner dans les cœurs le Règne du Christ, l'y fortifier et l'étendre plus au loin.

Discernement sur la mission pastorale dans le diocèse de Tournai

Depuis des siècles, le diocèse de Tournai comprend beaucoup de paroisses territoriales. Sous le régime de Napoléon, empereur des Français, le territoire du futur Etat belge est quadrillé de paroisses. La justification en est simple : 96 % de la population font partie de l'Eglise catholique. Il est par conséquent naturel que pas un seul km2 n'échappe au maillage paroissial de l'Eglise catholique. Avec le temps, la population a considérablement augmenté. Le nombre de paroisses a suivi. Aujourd'hui, le diocèse de Tournai compte 579 paroisses.

La perception de la mission pastorale de l'Eglise catholique a progressivement envisagé l'évangélisation « en dehors » des paroisses. Sans parler de l'aumônerie des Forces Armées et des centres de détention, nous avons dès la première guerre mondiale le souci d'atteindre des groupes importants de personnes réparties selon l'activité socio-professionnelle. A la fin du XIXème siècle, l'Eglise catholique continue à promouvoir l'enseignement catholique et investit dans l'animation religieuse des jeunes (les futurs patros ; et aussi les scouts et les guides). Avant le concile Vatican II, la Belgique est connue à l'étranger par son dynamisme apostolique en dehors de l'activité des paroisses territoriales. L'Action catholique est florissante ; elle est animée par des prêtres et des laïcs d'une très grande qualité.

En même temps que la naissance de l'Action Catholique, vient la promotion du renouveau des paroisses par le mouvement liturgique et le mouvement missionnaire.

Après la célébration du concile Vatican II, suite aux évolutions des mentalités et suite aux changements démographiques, beaucoup de questions nouvelles se posent. Tant les secteurs pastoraux non territoriaux (enseignement, monde de la santé, solidarités, pèlerinages, migrations, monde des jeunes, mission dans les pays émergents, centres de détention, etc.) que les paroisses sont appelés à discerner ce que l'Esprit dit dans la situation actuelle.

Nous sommes souvent attentifs à l'évolution de la pastorale territoriale. Le diocèse est divisé en 49 unités pastorales, suite à un processus excellent appelé : Renaissance. Jusqu'à présent, nous n'avons pas touché aux paroisses. Les prêtres, diacres, animateurs en pastorale et laïcs engagés dans la mission de l'Eglise se rendent bien compte que la situation est provisoire. Comme nous l'entendons régulièrement, on ne tiendra pas le coup longtemps en maintenant deux structures parallèles : les unités pastorales et les paroisses.

Dans les secteurs pastoraux non territoriaux, la question me semble assez différente. Beaucoup de membres de ces secteurs ne sont pas nécessairement membres de l'Eglise catholique. Nous avons par conséquent à repenser la mission dans ces différents secteurs en fonction de l'évolution des mentalités et des convictions personnelles (musulmans et sans religion, pour la plupart).

Le Synode diocésain peut nous aider à discerner ce que l'Esprit de Dieu dit à notre diocèse sur ces évolutions afin que tous ceux qui se disent disciples du Christ trouvent un nouveau souffle pour annoncer le Christ et susciter des assemblées de fidèles joyeux de témoigner de Celui qui les a fait passer des ténèbres à son admirable lumière.

Mon souhait, en convoquant un Synode diocésain, n'est pas directement d'opérer des changements de structures. Je pense que cela viendra tout seul. Mon souhait est de suggérer au plus grand nombre de chercher, dans tous les secteurs où, depuis des décennies, des chrétiens ont témoigné de l'Evangile, les lieuxaujourd'hui à la fois la nature et la mission de l'Eglise, sous ses trois axes, sont pleinement manifestées.

En effet, lorsque j'écoute les différents acteurs pastoraux, que je remercie publiquement pour la manière dont ils exercent leurs fonctions dans le diocèse, je constate que tout le monde n'utilise pas les mêmes mots pour décrire ce qui se passe. Pour certains l'assemblée liturgique du dimanche correspond à une communauté chrétienne ; pour d'autres il peut exister une communauté chrétienne, qui n'a jamais de célébration liturgique ; pour d'autres encore, un village correspond à une communauté chrétienne, à une paroisse. Finalement on en arrive au schéma : une communauté chrétienne, un lieu de culte, un curé...

Il me semble que la question de la sacramentalité de l'Eglise pourrait nous aider à discerner. En quels lieux les assemblées sont-elles sacrement, signe et moyen, de l'union intime avec Dieu et de l'unité entre les êtres humains ? En quels lieux trouvons-nous les trois axes de la mission de l'Eglise (témoignage, célébration, diaconie) ? En quels lieux les personnes qui désirent devenir chrétiennes trouvent-elles la source qui vivifie leur union à Dieu et leur témoignage de l'Evangile ? En quels lieux ceux qui deviennent chrétiens trouvent-ils une communauté de frères et sœurs pour partager leur foi et continuer à grandir dans la foi ?

Voilà, en quelques mots, le sens de la proposition 2 du Synode diocésain.

Merci déjà à tous ceux qui donneront des éléments pour un discernement.

Et bonne année ! En prière avec Marie, les apôtres et tous les saints dans l'attente du don de l'Esprit.

+ Guy Harpigny,
Evêque de Tournai