Proposée par Christine Merckaert et Alix Tumba

L’initiation chrétienne est le processus par lequel une personne devient disciple du Christ. Mettre ses pas dans les pas d’un Messie crucifié et entrer ainsi dans une nouvelle manière de vivre – expérience du Mystère pascal- est un itinéraire qui concerne candidats et communauté.

Ce sont les sacrements de l’initiation (baptême, confirmation et eucharistie) soutenu par un accompagnement en famille, en catéchèse ou en catéchuménat qui font de la personne un chrétien.

Aujourd’hui, les familles sont parfois démunies et les communautés fragiles devant cette responsabilité. Par ailleurs, l’itinéraire catéchuménal proposé aux adultes et aux grands jeunes pourrait inspirer toute démarche catéchétique et particulièrement la catéchèse d’initiation post-baptismale. C’est une tâche première pour les communautés chrétiennes de soutenir le cheminement de tous ces (futurs) baptisés.

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1. Initiation chrétienne

Devenir chrétien n’est pas banal et appelle à s’interroger sur ce qui fait l’identité chrétienne. Il s’agit d’initier et de déployer une relation à Dieu. Ce Dieu de tendresse et de compassion pour l’homme tel que Jésus Christ nous l’a fait connaitre. Découvrir l’apport et la nouveauté que représente l’Évangile pour donner sens à une existence humaine. Cela ne va pas sans conséquences sur une manière d’être et de vivre parfois à contre sens des valeurs de la société. Ce processus prend du temps et relève d’un itinéraire initiatique qui part de la personne dans ce qu’elle est et la transforme bien plus qu’une seule transmission de connaissances.

Cet itinéraire, comme tout parcours initiatique, sera constitué « d’épreuves », de « passages » qui marquent le corps et le cœur et transforment réellement la personne. Les gestes, les paroles lui confèrent une nouvelle nature. Il n’est peut-être pas trop fort de les assimiler à une seconde naissance.

Ainsi l’initiation chrétienne est-elle participation à la nature divine qui s’accomplit par l’ensemble des trois sacrements de l’initiation.[1] Baptême, confirmation et eucharistie sont les trois sacrements qui font le chrétien[2].

Une autre caractéristique fondamentale d’un processus initiatique est l’intégration au groupe : la communauté chrétienne, terreau de croissance, lieu de reconnaissance constituera aussi le lieu de vie du futur baptisé.

Cette insertion dans le mystère du Christ est liée à un itinéraire catéchétique[3] dont un des enjeux essentiels est de donner à chacun des occasions de partage et de relecture des signes que le Seigneur fait aujourd’hui.

Avec l’aide de l’Esprit Saint et de chrétiens ainés dans la foi, la personne, quel que soit son âge, devrait avoir l’occasion

  • de découvrir et d’approfondir la Parole de Dieu s’exprimant dans les textes bibliques. Des écrits qui prennent et donnent vie quand la Parole de Dieu qui s’y trouve croise la parole des hommes d’aujourd’hui et résonne dans les expériences de chacun.
  • d’entendre la foi de l’Église
  • d’être initié à la prière en proposant des pistes pour y accéder, des expériences à vivre et des temps de relecture.
  • d’expérimenter des moments de vie en Église qui l’aident à découvrir la joie de célébrer, la fraternité, la solidarité dans l’engagement au service des plus pauvres comme une réponse à un Amour premier reçu.

Il s’agit donc pour la personne d’emprunter librement, mais accompagnée, un chemin jalonné d’expériences et de rencontres qui la transforment progressivement. Ce processus demande du temps, variable selon chacun, pour conduire le candidat

  • s’il s’agit d’un adulte, à une profession de foi. Ensuite les gestes sacramentels marqueront rituellement le passage.
  • s’il s’agit de l’initiation d’un enfant ou d’un jeune baptisé dans la prime enfance, cet itinéraire sera post baptismal et devrait conduire aux sacrements de confirmation et de l’eucharistie en lien avec l’expression d’une parole de foi personnelle et une vie chrétienne authentique.

Au cours de ce chemin d’initiation, l’Église accomplit sa fonction maternelle, en engendrant à la vie des enfants de Dieu. Même s’il est juste de dire que grandir dans la foi prend toute la vie, il existe un temps d’initiation proprement dit qui se termine après la réception des trois sacrements de l’initiation.

Considérer l’initiation chrétienne, « le devenir chrétien » aujourd’hui, nous invite à considérer deux grands domaines :

  1. Celui des familles qui demandent le baptême (les sacrements de l’initiation) pour leur(s) enfant(s).
  2. Celui des adultes (ou de grands jeunes) qui après une conversion première, demandent d’être conduits aux sacrements de l’initiation.

2. Initiation chrétienne en famille

Même s’il diminue sensiblement, le nombre de demandes de baptême de petits enfants reste aujourd’hui relativement important. Cette situation doit être regardée en tenant compte du contexte de post chrétienté dans une société plurielle. Il y a de moins en moins d’automatisme entre le fait de naitre et de vivre dans cette société et le fait d’être chrétien. La foi chrétienne devient un choix. Mais si le devenir chrétien se trouve de moins en moins lié à l’appartenance à une société, l’influence au moins culturelle du christianisme ne permet pas de le comparer à la situation des premiers siècles. Aujourd’hui encore, la majorité des baptêmes sont demandés pour des petits enfants et encore souvent comme un rite qui sacralise la naissance ou l’intégration dans la famille plus que par un réel désir de faire de l’enfant un disciple du Christ.

Lors de la préparation au baptême, les parents découvrent que la seule condition formulée par l’Église pour le baptême d’un petit enfant est qu’il y ait un « espoir fondé » que l’enfant soit élevé dans la foi de son baptême et qu’il soit préparé à recevoir la confirmation et à participer à l’eucharistie.[4] Le jour du baptême, les parents s’engagent donc à veiller à l’initiation chrétienne de leur enfant baptisé. La place de la famille dans l’initiation chrétienne des jeunes enfants est irremplaçable. Lieu de vie du tout petit, lieu d’expérimentation de tout ce qui donne la vie : l’amour reçu et donné, la confiance, la fraternité, le partage, le pardon, l’épreuve dépassée – elle est, pour le chrétien, le premier lieu où Dieu se donne et se vit. C’est une chance inestimable pour la vie de foi du petit enfant d’être éveillé en famille à reconnaître la présence du Seigneur. Si ce rôle des parents dans l’initiation chrétienne est incontestable pendant l’enfance, son exercice est plus délicat au moment de l’adolescence. Les parents espèrent alors et parfois recherchent pour leurs jeunes, des lieux où se vit l’Évangile de façon authentique qui leur permettent de faire la rencontre du Christ.

Aujourd’hui, si les motivations des parents qui demandent le baptême (l’initiation chrétienne) sont variables, le sont encore bien plus les ressources de ces parents pour l’éveil et l’accompagnement à la foi de leurs enfants. Tous les parents n’ont pas les mots et les moyens d’initier leurs enfants à la foi. Nombreux en effet sont les parents démunis dans ce domaine qui attendront que l’école ou la catéchèse paroissiale veille à leur initiation, négligeant ainsi les précieuses années de la petite enfance pour les éveiller à cette Présence qui nous dépasse. De plus, dans notre société plurielle, il est très fréquent que les deux parents aient un rapport à la vie de foi fondamentalement différent. Il sera d’ailleurs de plus en plus fréquent de devenir chrétien au sein d’une famille qui ne l’est pas ou pas uniformément. Il devient indispensable d’en tenir compte pour l’accompagnement de ces enfants. Et plus largement encore de nous interroger sur la manière d’aider les jeunes à découvrir leur identité chrétienne et à vivre leur foi dans un tel contexte de minorité.

C’est déjà le cas aujourd’hui de certaines demandes de baptême d’enfants en âge de scolarité. Si cette demande est exprimée, c’est que les parents l’acceptent et la respectent mais l’accompagnement devra s’appuyer sur un cercle familial élargi- parfois le soutien des grands-parents peut être précieux – ou au-delà, sur des personnes extérieures à la famille.

Si le baptême d’un petit enfant engage les parents, il engage également la communauté chrétienne : Tout baptisé, parce qu’il est appelé par Dieu à la maturité de la foi, a besoin et a donc droit de recevoir une catéchèse adaptée. C’est donc une tâche première pour l’Église que d’y pourvoir comme il se doit.[5] De par sa nature même, le baptême des petits enfants exige une catéchèse post-baptismale, qui ne pourra se vivre sans « la collaboration » de la famille. Concrètement, notre Église qui est à Tournai invite à poursuivre l’initiation chrétienne en paroisse (Unité pastorale) vers 7 ou 8 ans par la première eucharistie et plus tard encore, vers 13 ans, par le sacrement de confirmation. Pour accompagner et donner sens à ces deux étapes, des temps de catéchèse sont respectivement proposés. Concrètement, la proposition catéchétique couvre au mieux quatre années.

Dans notre diocèse, depuis quelques années maintenant – et de manière plus concrète ou plus officielle depuis la publication des « Critères de discernement pour l’accueil et l’accompagnement en catéchèse » – des avancées vont dans le sens d’une proposition renouvelée de la catéchèse :

  • élargie au niveau des destinataires : plusieurs fois par an, une proposition à participer à des assemblées catéchétiques où sont invitées particulièrement les familles qui demandent baptême, première communion, confirmation (profession de foi) pour leur enfant. Ces « caté-tous » comme souvent on les appelle sont des occasions pour tout baptisé de questionner sa foi et plus largement de vivre une expérience de vie ecclésiale.
  • des rencontres de catéchèse particulière comme celle du baptême des enfants en âge de scolarité ou de première communion entièrement vécue en famille (présence d’au moins un parent). Elles permettent de sensibiliser aux enjeux de l’éveil à la foi et de donner des moyens aux parents (coin prière, contes et récits bibliques, chants…)
  • faire de la famille un partenaire de la catéchèse paroissiale (de l’UP).Proposer et donner sens à un projet d’année qui ne pourra être porté qu’en unissant les ressources du groupe, suscitant ainsi un réseau de parents où chacun sera porteur selon ses charismes.
  • avant de transmettre des connaissances, aider à découvrir un Dieu qui se révèle comme il l’a fait pour Samuel, Pierre, les disciples d’Emmaüs et bien d’autres, un Dieu qui appelle à la relation et qui veut que l’homme (l’enfant) ait la vie, la vie en abondance !

Enfin, évoquer la famille aujourd’hui ne va pas sans avoir à l’esprit la diversité des réalités. À côté de la famille « classique », des cellules familiales telles que les familles éclatées, recomposées, uni-parentales ou autres sont autant de lieux de vie et d’initiation à la foi chrétienne. Et quelle que soit leur forme, beaucoup d’entre elles, même les plus classiques, sont fragilisées par les exigences des rythmes de vie et les contraintes professionnelles des parents.

3. Initiation chrétienne au catéchuménat

Si la demande de sacrement exprimée par des parents pour leurs enfants est en diminution, celle d’adultes pour ces mêmes sacrements connaît une croissance significative. C’est ce qu’avaient probablement déjà pressenti les Pères conciliaires de Vatican II puisque dès la constitution sur la liturgie, est demandée la restauration du catéchuménat des adultes[6].

La spécificité de l’accompagnement catéchuménal par rapport à la catéchèse est d’abord qu’il s’adresse exclusivement à des adultes ou de grands jeunes. Il s’agit donc d’un choix de la personne elle-même, posé en toute liberté à un âge où elle a déjà vécu un certain nombre d’expériences de vie. Et, seconde spécificité, le catéchuménat sera appelé à accompagner une conversion.

L’Église propose tout un itinéraire catéchétique déployé dans le temps[7], composé de différentes étapes qui feront vivre à la personne des périodes de maturation (dont certaines plus ou moins longues selon le candidat), des étapes décisives et des rites liturgiques qui déploient le sens et les enjeux des sacrements. À chaque étape, un passage est opéré, le statut du candidat change, son identité de disciple se structure progressivement.

Après avoir explicité le kérygme de la première annonce, il y a l’entrée en catéchuménat[8], qui se caractérise par un rite d’accueil au sein d’une célébration liturgique. Recevant le livre des Évangiles, le catéchumène est confié à la communauté. S’ouvre pour lui un temps prolongé pendant lequel il reçoit de l’Église une formation adaptée de manière que sa conversion et sa foi parviennent à maturité, ce qui peut demander plusieurs années.[9] C’est aussi le temps de la familiarisation avec la pratique de la vie chrétienne. C’est le temps des rencontres personnelles régulières avec un accompagnateur mais aussi quand c’est possible, une équipe catéchuménale.

L’appel décisif, au début du carême, est l’articulation de tout le catéchuménat. Après le témoignage des parrains et des accompagnateurs, les catéchumènes sont invités à affirmer leur désir de recevoir les sacrements. Ils sont alors appelés par l’évêque à être disciples du Christ. Est ainsi manifestée l’initiative divine : c’est le Seigneur qui appelle. En signe de fidélité à cet appel, les appelés inscrivent leur nom au registre des futurs baptisés.

Le temps du carême est alors consacré à une préparation intense qui tient plus de la retraite spirituelle que de la catéchèse. En mesurant ce qui est faible et malade en lui, chaque appelé s’attache plus profondément au Christ et, recevant la force de l’Esprit, il poursuit ses efforts à répondre à l’amour de Dieu.

Lors de la vigile pascale, la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne constitue le sommet de ce cheminement. Recevant au cœur d’une même liturgie le baptême, la confirmation et l’eucharistie, la personne est configurée au Christ et portera le nom de néophyte pendant tout le temps de la mystagogie. Ce temps qui s’enracine dans l’expérience sacramentelle nouvelle, permet au nouveau baptisé de relire le « passage » vécu, d’entrer plus profondément dans le mystère pour en déployer le sens.

Il se clôture par la vigile de Pentecôte à la cathédrale. C’est l’occasion pour l’évêque qui n’a pu présider lui-même aux sacrements de l’initiation de tous les néophytes, de les inviter à se rassembler pour célébrer ensemble l’eucharistie.

L’accompagnement des catéchumènes est étroitement lié à la vie d’une communauté chrétienne et s’appuie sur elle. C’est au sein de cette communauté qu’ils croissent et seront incorporés. La qualité de l’accueil, de la prière, du témoignage, du soutien fraternel tout au long du parcours mais aussi pendant les mois qui suivent le baptême sont autant de chances de voir un nouveau chrétien épanoui.

4. Le rôle de la famille dans l’Église

Le philosophe Aristote disait que la société est une « communauté de communautés », il faudrait ajouter que la famille est la communauté première, le ciment de la société. Premier lieu de socialisation pour l’enfant, elle donne les premières règles de vie et prépare à l’aventure de l’existence. On ne saurait assez souligner son importance pour la société.

D’une certaine manière, la famille est aussi la cellule de base de l’Église. Comme le soulignait l’exhortation apostolique Familiaris Consortio, les époux sont témoins du salut offert gratuitement par Dieu à l’humanité. Il y a là une mission pour l’homme et la femme unis par les liens du mariage : montrer par leur exemple la puissance de l’amour de Dieu.

Ce témoignage actif est d’abord adressé aux enfants, qui sont les fruits naturels de l’amour des époux. Personne n’est capable d’exister de soi-même, la vie ne peut qu’être reçue. Les parents évangélisent leurs enfants en leur apprenant que ce don de la vie vient de Dieu, dont ils sont les messagers. Il appartient ainsi aux parents de transmettre à leurs enfants des valeurs, des vertus, une façon particulière d’envisager l’existence, et le goût de Dieu.

Les époux s’évangélisent aussi l’un l’autre. À travers les joies et les épreuves de la vie commune, ils apprennent à connaître leur conjoint et se découvrent eux-mêmes. Ils découvrent aussi peu à peu le Père en présence de qui ils se sont promis l’un à l’autre.

Si les parents évangélisent leurs enfants, ils sont aussi évangélisés par eux. Le Christ disait à ses disciples qu’il faut être comme un enfant pour entrer dans le Royaume des cieux. Très souvent, les enfants s’adressent au Seigneur avec une facilité et une profondeur qui déconcertent les adultes. Il y a là une leçon pour tout parent : se laisser guider par ceux qu’ils ont la tâche d’éduquer.

Cet apprentissage mutuel se déploie jour après jour, à travers les tâches quotidiennes. Cet étayage se construit sous le regard bienveillant du Père de tout vivant. Cet apprivoisement s’approfondit aussi dans le dialogue avec le Seigneur. Concrètement, il passe par des temps de recueillement en famille, où l’on se confie mutuellement à Dieu et où on se laisse transformer par Lui. Quel bonheur pour des parents d’enseigner à leurs enfants le chemin de la prière ! Quelle joie de voir leurs enfants grandir dans la foi et se placer avec confiance dans la main du Seigneur ! Cette expérience peut être prolongée par des moments privilégiés comme une retraite dans un monastère, lieu propice au retrait loin des trépidations du monde et des tentations de la consommation à outrance, qui éloignent de l’essentiel.

Le dimanche, jour de repos et de célébration, constitue par excellence ce temps de rupture avec le rythme quotidien. Source et sommet de la vie de l’Église, l’eucharistie l’est aussi de celle de la famille. Chacun s’y ressource au Christ, par sa Parole et – pour ceux qui ont l’âge – par son corps. Ce repas partagé, qui nourrit au plus profond de l’âme et fond tous les baptisés en un même pain, permet à la famille de s’ouvrir au monde. Grâce à lui, chacun peut rayonner de l’amour de Dieu dans son entourage (dans son quartier, à l’école ou au travail…). Comment faire mieux sentir que la force de la famille lui vient de plus haut ? Quoi de plus nécessaire, dans notre société de compétition, qu’un Dieu qui aime les pauvres de cœur et les miséricordieux ? Soutenue par le Christ, la famille peut témoigner – dans sa faiblesse – qu’une communauté de vie et d’amour est possible, qui trouvera son accomplissement dans le Royaume des cieux. Quelle plus noble tâche que celle-là ?

5. Comment l’Église peut-elle aider les familles ?

S’il appartient aux familles de bâtir la société et de préparer le retour du Christ dans la gloire, il revient à l’Église de leur en donner les moyens. Dans une société sécularisée et marchandisée, il est loin d’être toujours facile de parler de Dieu ou, pour reprendre le thème proposé lors de la Journée Mondiale des familles par le Pape Benoit xvi, d’être éducateur des valeurs humaines et chrétiennes. Faire une place au Seigneur exige souvent de la force, pour les familles qui sont impliquées dans le monde comme le levain dans la pâte. Comment l’Église peut-elle aider les familles à valoriser ce qu’il y a de positif dans la société – notamment l’attention aux individus et, tout de même encore, le souci des pauvres – tout en promouvant aussi les valeurs qui vont aujourd’hui à contre-courant mais qui sont pourtant essentielles au christianisme : respect de la vie, fidélité… ?

De quoi les familles ont-elles besoin ? En premier lieu, de vis-à-vis. C’est-à-dire de prêtres, religieux et religieuses qui ont choisi de répondre à l’appel du Seigneur par une vie radicale. Leur célibat renvoie les familles à leur propre manière de vivre la mission. Les expériences, proches par certains côtés, opposées par d’autres aspects, permettent à chacun et chacune de découvrir qui il est et ce que le Père veut pour lui ou elle.

Par-delà ce partage d’existence devant Dieu, les familles ont besoin d’être soutenues. Il est vital qu’elles puissent trouver des lieux de rencontre, d’échange et de prière. De tels lieux existent : messes dominicales bien sûr, mais aussi groupes de foyers, groupes de partage d’Évangile, prières sous diverses formes, abbayes… Comment les maintenir et même les renforcer alors que nos forces tendent à diminuer ? Il y a ici à évaluer les expériences pour découvrir ce que l’Esprit nous inspire.

Les familles ont besoin d’apprendre à prier. Sur cette voie sans fin, on est toujours un pèlerin et un disciple. Comment faire découvrir au plus grand nombre les prières de la grande tradition de l’Église, les psaumes, les hymnes… ? Comment communiquer l’audace de prier avec ses mots et avec son cœur ? Peut-être nos frères protestants ont-ils des choses à nous apprendre sur ce point. Comment affermir le goût de la prière en commun et du dialogue avec Dieu ?

Ce n’est pas seulement la prière qui doit être enseignée. On ne naît pas chrétien, on le devient. Peut-être cela signifie-t-il qu’on n’est pas chrétien mais qu’on a à le devenir toujours davantage. Depuis plusieurs années, les chrétiens du diocèse – comme d’ailleurs – prennent de mieux en mieux conscience du caractère dynamique de l’initiation chrétienne. La catéchèse est par définition un mouvement sans fin. Cela implique de proposer des expériences de foi, éclairées par des enseignements, à toutes les classes d’âge. Comment mettre en place de telles propositions pour des familles ? Que faire pour que des familles puissent vivre ensemble une rencontre avec le Seigneur ? Comment favoriser les rencontres avec les parents à l’occasion de catéchèses des enfants ? Comment mieux intégrer les enfants dans les célébrations destinées aux adultes ?

Il y a sans doute une autre chose que les familles attendent. Puisque leur vocation première est d’être dans le monde, ainsi que le soulignait Vatican II, il importe de leur donner les moyens de cette présence active. Comment l’Église peut-elle aider les familles à maintenir la colonne vertébrale de la foi dans un monde souvent indifférent, parfois hostile ? Comment leur donner le goût de s’investir et l’esprit d’initiative dans les domaines politique, économique, social et culturel, afin que la Bonne Nouvelle soit annoncée au monde ?
Le chantier est ouvert.



[1] CEC (Catéchisme de l’Église Catholique) 1212 et 1275

[2] Devenir adulte dans la foi. Lettre des Évêques de Belgique 2006

[3] DGC (Directoire Général de la Catéchèse) , 66

[4] Rituel du Baptême des Petits Enfants, RR5 (5) RR 39

[5] DGC n° 167

[6] SC (Sacrosanctum Concilium – Constitution sur la sainte liturgie), 64

[7] DGC n° 88-89 et RICA (Rituel de l’Initiation Chrétienne des Adultes)

[8] RICA 80 et ss.

[9] RICA n°103