Proposée par Michel Vinckier

Dans un synode diocésain comme dans un concile, la liturgie est importante et occupe même une place centrale. On peut considérer cela à partir des nombreuses célébrations liturgiques qui sont appelées à jalonner le déroulement d’un synode, mais aussi et d’abord à partir de l’identité même d’un synode et de son sens ecclésial profond.

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1. La « célébration » d’un synode

Même si l’on parle assez spontanément de la « tenue » d’un synode, il semble également judicieux, au regard de la tradition de l’Église, de parler de « célébration » d’un synode. Le Directoire pour le ministère pastoral des Évêques considère le synode diocésain comme étant simultanément un acte de gouvernement et un événement de communion. Au creux des débats pastoraux – combien importants – le synode est avant tout un événement spirituel, « sous la poussée de l’Esprit-Saint ». Habité par diverses questions de ce temps, l’Église diocésaine rassemblée autour de son Évêque choisit de se remettre à l’écoute de « ce que dit l’Esprit-Saint », comme aux premiers temps de l’Église. Elle a la conviction que l’Esprit-Saint est à ses côtés le premier acteur du synode et est souvent la source d’audaces insoupçonnées. Le texte des Actes des Apôtres, 15, 6-29, que le Cérémonial des Évêques propose comme source d’inspiration, manifeste combien Dieu lui-même est à l’œuvre dans la vie de l’Église et la progression de sa mission.

Dans cette perspective, la prière du peuple de Dieu a une importance capitale. « Ceux pour qui la sollicitude est commune doivent avoir aussi une prière commune. » (CE 1169). La liturgie est le lieu où se manifeste de la manière la plus visible cette dimension d’écoute de l’Esprit-Saint et de communion ecclésiale, lieu éminent « où brille l’unité du corps du Christ ». (CE). Le synode diocésain, préparé par des temps de prière, s’ouvre par une Eucharistie solennelle et est ponctué de diverses célébrations liturgiques. Ces assemblées liturgiques sont par elles-mêmes une parole sur le sens du synode. Elles manifestent que celui-ci est très fondamentalement une démarche de foi en Église, une démarche qui dans sa totalité est appelée à se vivre « au nom, à la louange et à la gloire de Dieu » (CE), dans la mouvance de l’Esprit-Saint.

2. Les célébrations liturgiques majeures qui jalonnent le synode

À propos des célébrations majeures d’un synode diocésain, nous trouvons dans le Directoire pour le ministère pastoral des Évêques et surtout dans Cérémonial des Évêques les indications et orientations suivantes :

  • Une Eucharistie solennelle d’ouverture, concélébrée, avec la participation des membres du synode et à laquelle est invité l’ensemble du peuple de Dieu. Elle comporte plusieurs ingrédients qui peuvent être considérés comme des éléments rituels synodaux. Sans entrer dans le détail des propositions :
    • Une procession solennelle d’ouverture.
    • Le chant de la litanie des saints, normalement pendant cette procession. Avec certaines invocations spécifiques au synode et l’ajout de quelques saints locaux.
    • Une grande mise en valeur de l’Évangéliaire, en fait une réelle ‘intronisation’ de l’Évangile, qui peut être considérée comme le « rite synodal » par excellence. Il s’agit de manifester la présence du Christ dans la Parole et la présidence qu’il exerce dans la liturgie célébrée et dans toute la vie de l’Église. Ce rite a souvent lieu pendant la procession d’ouverture mais peut aussi trouver sa place avant la proclamation de l’Évangile.
    • Les oraisons de la messe « pour un concile ou un synode »
    • La profession de foi, suivi du serment prêté par le président et les membres du synode.
    • La prière « Adsumus », prière spécifique du synode, et une invocation chantée à l’Esprit-Saint.
    • Une bénédiction solennelle.
  • Pendant la durée du synode : avant chaque journée de réunion : concélébration de l’Eucharistie, ou célébration d’un office de la Liturgie des Heures, ou célébration de la Parole de Dieu. Avec dans chaque hypothèse, la mise en valeur de l’Évangéliaire, et la possibilité de la participation du peuple de Dieu.
  • À la fin du synode : liturgie eucharistique solennelle de clôture, avec notamment l’hymne du Te Deum, une bénédiction solennelle et l’envoi. On peut aussi chanter ensuite les laudes dites « royales » ou « carolines ».

3. Quelques points d’attentions importants

En relation avec ces indications de base, le synode étant un événement de communion ecclésiale à vivre dans la prière et la mouvance de l’Esprit-Saint,

  • Il est demandé que les liturgies eucharistiques solennelles, aussi bien d’ouverture que de clôture du synode, tout comme les célébrations quotidiennes, soient ouvertes à tous les fidèles. On sent qu’il y a là une réelle insistance. Tout en prenant en considération les spécificités de chacune des célébrations – certaines seront de plus grands rassemblements que d’autres - il faut veiller à ce que le peuple de Dieu se sache effectivement invité et se sente partie prenante de la prière et de la célébration.
  • Il est demandé, et c’est particulièrement le rôle de l’Évêque, d’appeler à la prière tous les membres de l’Église diocésaine et les diverses communautés, dès le temps de la préparation du synode et pendant toute la durée de celui-ci. On cherchera les moyens adéquats pour éveiller les personnes et les communautés à l’importance de cette communion dans la prière et pour les y aider concrètement : proposer un ou des textes de prière, inviter à des rencontres de prière, marquer le début du temps de préparation par une célébration importante… On appellera aussi particulièrement à la prière les personnes et les communautés de la vie consacrée.
  • On veillera activement, de manière créative, à promouvoir tout ce qui peut nourrir cette communion ecclésiale pendant le temps de la préparation et du déroulement du synode. À ce propos, il faut songer non seulement aux célébrations liturgiques synodales comme telles mais aussi aux assemblées dominicales que l’on aidera par des propositions concrètes à communier effectivement à l’événement synodal et à se sentir partie prenante, et cela commence par le soin et la créativité apportés à l’information et à la communication. Sur le plan proprement liturgique, l’un ou l’autre chant commun peut y contribuer grandement ; nous avons déjà évoqué le choix d’un chant signal où il y a beaucoup d’harmoniques synodales  et par lequel on entre en quelque sorte dans l’esprit d’un synode diocésain : « Église de ce temps… », dont voici une partie du texte (voir aussi dans le "carnet de chants"):

Église de ce temps, Église au cœur du monde,
Tournée vers l’avenir, vers les aubes pascales,
Entendras-tu ce que l’Esprit dit aux Églises ?
Lève-toi ! Prends la route avec ton Dieu !
Ne crains pas d’avancer dans la nuit :
Entonne des chants d’espérance et de joie !
Regarde avec amour ce qui fait ta gloire :
Regarde avec amour la croix du Seigneur !

Église bien-aimée, Église dans la grâce,
Lumière des nations, chargée de ta Parole,
Entendras-tu ce que l’Esprit dit aux Églises ?
Lève-toi ! Prends la route avec ton Dieu !
Ne crains pas de parler en son nom :
Reçois de sa main ton courage et ta foi !
Regarde avec amour ce qui fait ta gloire :
Regarde avec amour la croix du Seigneur !

Église de partout, Église des Apôtres,
Bâtie sur le rocher, maison de pierres vives,
Entendras-tu ce que l’Esprit dit aux Églises ?
Lève-toi ! Prends la route avec ton Dieu !
Ne crains pas de t’ouvrir à la vie :
Accueille en tes murs ceux qui sont loin de toi !
Regarde avec amour ce qui fait ta gloire :
Regarde avec amour la croix du Seigneur !

4. L’oraison « Adsumus » (« Nous voici »), prière synodale par excellence

Cette prière, évoquée dans le Cérémonial des Évêques, était probablement inconnue de la plupart d’entre nous avant la demande de notre Évêque de célébrer un synode ! Le professeur Arnaud Joint Lambert nous en a dit toute l’importance, et notre Évêque nous l’a déjà communiquée et fait prier lors de l’assemblée diocésaine du mois de juin à Soignies et lors de la vigile de Pentecôte à la cathédrale. C’est une prière qui nous enracine vraiment dans la tradition ecclésiale. Elle tient une place éminente parmi les grands textes de la prière liturgique ; son origine remonte à l’activité conciliaire dans l’Espagne Wisigothique du 7e siècle, et elle est attribuée avec une quasi-certitude à Isidore de Séville ; pendant environ 1400 ans, elle a été utilisée pour l’ouverture de conciles et de synodes dans des contextes extrêmement variés de la vie de l’Église.

Comme toute prière liturgique, la meilleure manière de la découvrir est de la prier, en se laissant façonner par les mots proposés. C’est ainsi, comme on dit couramment, que l’« on entre dedans »…Voici cependant quelques indications qui peuvent y aider :

La prière «Adsumus » est adressée directement à l’Esprit-Saint, un appel à l’Esprit-Saint. En même temps, elle est très belle dans son évocation trinitaire : « Toi seul, avec le Père et le Fils, possèdes le Nom de gloire ». Dans la prière liturgique chrétienne, on s’adresse généralement au Père ; par exemple dans la liturgie eucharistique on demande au Père de répandre son Esprit sur les dons et sur l’assemblée ; parfois on s’adresse directement au Christ (Solennité du Saint Sacrement), ou à l’Esprit Saint (notamment dans le chant du « Veni Creator » ou un chant apparenté).

La prière « Adsumus » est une invocation à l’Esprit-Saint pour qu’il vienne effectivement habiter nos cœurs, nous éclairer sur le but vers lequel nous devons marcher et la tâche que nous avons à réaliser, nous tenir dans la droiture et nous laisser guider par la foi, et tout cela afin de plaire à Dieu

Elle induit chez ceux et celles qui la prient une belle attitude d’humilité, une reconnaissance de leur être de pécheurs et de leur fragilité, y compris la fragilité à vivre en Église en frères et sœurs. Elle les amène à se présenter (« nous voici ») en quelque sorte les mains vides devant Dieu et à supplier l’Esprit-Saint de les aider, notamment de les préserver d’attitudes ou de comportements contraires à la volonté de Dieu et qui ne permettraient pas à l’Église d’avancer sur les chemins où Dieu voudrait la conduire. Cette prière est très réaliste, très incarnée.

À travers l’ensemble de la prière transparaît l’appel à nous centrer sur Dieu seul, sur le seul Nom de Dieu, et sur sa Grâce : « En ton Nom seulement nous sommes ici réunis » ; « Sois notre seul conseiller, le seul inspirateur de nos jugements » ; « Attache-nous à toi afin de nous rendre efficaces par le seul don de Ta grâce ». « Que nous trouvions en toi notre unité ». Elle est l’expression d’un grand désir de correspondre à la volonté de Celui dont le Nom est l’Unique.

Lien vers l'Adsumus...