Proposée par Jean-Pierre Lorette

Le mot « synode » est employé depuis les premiers temps de l’Église dans un sens équivalent à celui de « concile » d’abord, puis pour désigner une réunion du clergé convoquée par l’évêque d’un diocèse. Le terme « synodalité » est, quant à lui, d’un usage plus récent ; le mot désigne la manière concrète de mettre en œuvre la « communion » promue par Vatican II entre tous les baptisés, en articulation avec la responsabilité pastorale de l’évêque. La synodalité est un mode de fonctionnement typique à l’Église, qui dit quelque chose de sa nature originale et profonde. La synodalité permet à l’Église de s’éprouver concrètement elle-même et de se montrer au monde comme « sacrement du Christ, signe et moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain »[1]. Le « Synode diocésain », institution séculaire, a été entièrement repensé dans cet esprit promu par Vatican II : il « occupe, dans le gouvernement pastoral de l’Évêque, une place de première importance au sommet des structures de participation du diocèse. Il se présente comme un acte du gouvernement épiscopal et comme un événement de communion »[2].

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1. Un peu d’étymologie

Le terme « synode » vient du grec. On y trouve le mot odos (seuil de la maison) précédé du préfixe sun (avec). Le mot désigne donc l’acte de franchir ensemble le seuil de la maison, c’est-à-dire de se réunir en un lieu précis. Cela rejoint le sens fondamental du mot latin concile (assemblée). Les termes latin et grec seront d’ailleurs longtemps utilisés pour désigner les mêmes réalités, de façon équivalente.

Une autre étymologie fait venir le mot « synode » du mot hodos (chemin), et renverrait alors au mot sunodia : route parcourue ensemble, voyage fait en compagnie.

Ces deux étymologies expriment bien le sens donné aujourd’hui à la synodalité et au Synode diocésain : c’est une « démarche » vécue en communion, en vue d’un but à atteindre.

2. La synodalité : expression d’une compréhension renouvelée de l’Église

Si, pendant les derniers siècles, le pape et les évêques présentaient d’abord l’Église comme une « société » dotée – comme les Nations – de tous les moyens pour accomplir sa mission spécifique (et donc en droit de revendiquer sa souveraineté et un traitement d’égal à égal avec les États), le Concile Vatican II a heureusement puisé dans le riche héritage des Pères des premiers siècles pour redonner de l’Église une définition non plus politique ou sociologique, mais davantage théologique, voire mystique : Peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple de l’Esprit, Signe et moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité du genre humain,…

Composée de baptisés égaux en droit et en dignité, tous rendus participants à la mission sacerdotale, prophétique et royale du Christ[3], l’Église se reçoit de son Seigneur et ne se convoque pas par elle-même : c’est ce que signifie le ministère pastoral marqué du sacrement de l’ordre. Les évêques, en communion avec le pape, et les prêtres leurs collaborateurs, ont pour mission d’ «ordonner » tous les membres du Corps ecclésial à sa tête, le Christ. Le Concile Vatican II rappellera aux pasteurs qu’ils ont à accueillir, écouter et associer à l’exercice de leur mission les baptisés, dans la diversité de leur charismes. C’est ainsi que Vatican II institue des « Conseils » qui n’existaient pas jusqu’alors : Synode des évêques pour le pape, Conseil presbytéral et Conseil pastoral diocésain pour l’évêque, Conseil pastoral pour le curé. Sans parler des Conseils pour les affaires économiques, tant au niveau diocésain que paroissial… Autant d’instances où la participation de plusieurs est sollicitée, dans un climat d’échange et de dialogue dans la recherche infatigable de la communion, sous la présidence du pasteur.

Quand il s’agit de chercher ce que le Seigneur attend de son Église en tel lieu et pour telle époque, l’acte de « tenir conseil » est particulièrement important. Mais il ne s’agit pas simplement de se réunir pour débattre et prendre des options dans un esprit bienveillant et constructif, comme on le ferait pour n’importe quelle association profane. La « synodalité » se vit à un niveau bien plus profond : elle est la « venue en assemblée hiérarchiquement organisée, afin de formuler ensemble, dans l’Esprit-Saint, un consensus qui exprime la communion dans la confession de la même foi »[4]. On comprend que l’écoute du même Esprit-Saint, dans la Parole de Dieu, la prière prolongée et l’attention à ce que dit le frère ou la sœur dans la foi, est un soubassement fondamental à cette manière de se réunir, et que l’Eucharistie est comme la « matrice » de ce qu’il convient de vivre ensemble. « Dans l’exercice synodal d’une Église locale, les deux éléments constitutifs de l’Église, ministère (principe hiérarchique) et participation de tous (principe fraternel) sont indissociables »[5].

La « synodalité» renvoie donc à un exercice de « coresponsabilité » – ce   terme rappelant bien l’œuvre commune à mener-, tout en faisant droit à la diversité des fonctions dans l’Église. C’est ce qu’évoque aussi le terme de « participation », mot fréquent dans les Actes du Concile Vatican II mais toujours adjoint d’une qualification : « participation diversifiée », ou « participation selon la condition et la fonction propre de chacun ».

3. Synodalité et ministère épiscopal

Le Directoire pour le ministère pastoral des évêques (2004), exprime très bien cette «  manière renouvelée » d’exercer le ministère pastoral, en particulier de l’évêque : « En vertu de leur baptême, les fidèles sont établis dans une véritable égalité quant à la dignité et à l’action, qui les appelle tous à coopérer à l’édification du Corps du Christ et donc à mettre en œuvre la mission que Dieu a confiée à l’Église dans le monde, chacun selon sa condition et ses devoirs. La communion ecclésiale, dans son caractère organique, et la spiritualité de communion obligent l’Évêque à mettre en valeur les organismes de participation prévus par le Droit canonique. De tels organismes confèrent au gouvernement pastoral de l’Évêque une forme de communion, en ce sens qu’une certaine circularité se réalise entre, d’une part, ce que l’Évêque est appelé à décider et à mettre en place selon sa responsabilité personnelle pour le bien du diocèse et, d’autre part, la collaboration de tous les fidèles. L’évêque rappellera clairement que les organismes de participation ne s’inspirent pas des critères de la démocratie parlementaire, car ils sont de nature consultative et non délibérative. L’écoute réciproque entre le Pasteur et les fidèles les tenant unis « a priori en tout ce qui est essentiel, et les poussant, même dans ce qui est discutable, à parvenir normalement à une convergence en vue de choix réfléchis et partagés » (cf. Jean-Paul II, Novo millenio ineunte, n.45 ; Pastores gregis, n. 44).

L’évêque, en s’efforçant de promouvoir la participation des fidèles à la vie de l’Église, n’oubliera pas ses droits et ses devoirs personnels de gouvernement qui l’obligent non seulement à témoigner de la foi mais à la nourrir et à la protéger ainsi qu’à l’évaluer, à la soutenir et à la proposer de manière correcte.

La coordination et la participation de toutes les forces vives du diocèse exigent des moments de réflexion et de confrontation collégiales. L’évêque veillera à ce que ces réunions soient toujours bien préparées, que leur durée soit limitée, qu’elles soient de nature à proposer un objectif concret et qu’il y règne toujours entre tous un esprit chrétien qui imprime en chacun des participants le désir sincère de collaborer avec les autres »[6].

4. Le Synode diocésain

Depuis le début du Moyen-Âge, le Synode diocésain est la réunion de l’évêque et de ses prêtres, destinée à transmettre les décrets des Conciles et à traiter des questions disciplinaires et liturgiques. D’emblée cette réunion est encadrée par une liturgie dont la solennité souligne l’importance de ce qui se vit.

Au lendemain du Concile Vatican II (qui ne dit rien comme tel à propos du Synode diocésain), certains évêques (dont Karol Wojtyła, évêque de Cracovie) perçoivent que le Synode diocésain peut être un instrument idéal pour « faire passer » Vatican II dans leur diocèse. Conformément à l’esprit du Concile, ils convoquent non seulement des prêtres, mais aussi des laïcs, des diacres, des religieux(ses).

Un nouveau Code de droit canonique, promulgué en 1983 et fruit du dernier Concile, fournit l’ossature juridique du Synode diocésain, et des documents postérieurs viennent en préciser la figure[7]: il est « la réunion des prêtres et des autres fidèles de l’Église particulière, choisis pour apporter leurs concours à l’évêque diocésain pour le bien de la communauté diocésaine toute entière » (canon 460). Des nouveautés sont introduites : l’admission des laïcs ; la périodicité (jadis annuelle, puis tous les dix ans), désormais laissée au discernement de l’évêque, « lorsque les circonstances le suggèrent » (canon 461§1) ; le déploiement dans le temps.

Un Synode diocésain actuel comporte en effet plusieurs phases et niveaux :

  • convocation du Synode diocésain par l’évêque diocésain, constitution d’un comité de pilotage, établissement d’un règlement de fonctionnement du synode ;
  • préparation au niveau local et selon les secteurs de la pastorale :
    • prière, catéchèse, information ;
    • consultations sur les thèmes proposés par l’évêque ;
    • constitution de l’Assemblée synodale à proprement parler, composée de membres de droit (conseils épiscopal et presbytéral, doyens, etc.) et de personnes à élire (un autre prêtre par doyenné, laïcs (animateurs en pastorale ou bénévoles) diacres, supérieurs religieux). La composition de l’Assemblée doit refléter la nature de l’Église particulière et la diversité des vocations qui s’y déploie, en tenant compte du rôle particulièrement important des prêtres et des diacres.[8] Des observateurs peuvent être invités.
    • sur base des consultations, rédaction de synthèses et de notes de discussions pour l’Assemblée synodale.
  • célébration du Synode comme tel :
    • célébrations liturgiques invitant tout le peuple de Dieu du diocèse ;
    • sessions de l’Assemblée synodale, avec libres discussions et élaboration de déclarations et décrets à proposer à l’évêque ;
  • examen et promulgation par l’évêque des déclarations et décrets, lors d’une assemblée de clôture destinée à tout le Peuple de Dieu.

5. Différences entre un Synode diocésain et un rassemblement diocésain

Dans notre diocèse de Tournai, la démarche « Chemins d’Église » des années 1990, qui a culminé dans le rassemblement de 1997 à l’abbaye de Bonne-Espérance, comporte certains éléments assez proches d’un Synode diocésain.

Mais le Synode diocésain s’en distingue au moins sur deux points majeurs :

  • le Synode diocésain est un acte de gouvernement officiel d’un diocèse, tout autant qu’un événement dont le déploiement nourrit et construit l’Église diocésaine. Lorsqu’un évêque pressent que son Église diocésaine est confrontée à des changements profonds qui appellent des décisions réelles pour l’avenir, le Synode diocésain s’avère être l’instrument privilégié prévu par l’Église pour mesurer les « signes des temps » et mûrir les décisions à prendre. La rigueur dans la démarche est gage de réussite : l’expérience des synodes diocésains réalisés depuis 30 ans montre que les rares qui ont « échoué » avaient été, ou bien mal préparés (sans que l’on sache de quoi ou pour quoi on allait parler, et sur quoi il fallait prendre des décisions ; enlisement dans des conflits de personnes ; évêque ne jouant pas son rôle à sa juste place), ou bien s’étaient attardés sur des questions qui ne relèvent pas de la compétence d’un évêque diocésain[9].
  • le Synode se « célèbre » : la place qu’y joue la liturgie en fait bien plus qu’un lieu de réflexion et de débats. Ce faisant, l’Église diocésaine ne se replie pas sur elle-même. Au contraire, elle donne à la société environnante un signe fort et original de ce qu’elle est en profondeur. Par le Synode diocésain, l’Église particulière manifeste sa préoccupation d’écouter ce que son Seigneur attend d’elle ici et maintenant, et sa volonté d’y répondre en se laissant transformer par l’Esprit Saint.


[1] Cf. Concile Vatican II, Constitution dogmatique « Lumen Gentium », n° 1.

[2] Congrégation pour les évêques, « Directoire pour le ministère pastoral des évêques », 2004, n° 166.

[3] Code de droit canonique, canon 204§1.

[4] Gilles Routhier, « Le défi de la communion. Une relecture de Vatican II », Médiaspaul, 1994, p. 186.

[5] Gilles Routhier, ibidem, p. 197.

[6] Congrégation pour les évêques, « Directoire pour le ministère pastoral des évêques », 2004, n°165.

[7] Cf. Code de Droit canonique (1983), cc. 460-468 ; Cérémonial des Évêques (1984), n°1169-1176 ; Instruction sur les synodes diocésains (Cong pour les évêques et Cong pour l’évangélisation des peuples, 1997) ; Exhortation apostolique sur l’évêque « Pastores gregis » (Jean-Paul II, 16/10/2003), n°44 ; Directoire pour le ministère pastoral des Évêques (Cong pour les évêques, 2004, n°166-176).

[8] Congrégation pour les évêques, « Directoire pour le ministère pastoral des évêques », 2004, n° 169.

[9] Cf. Arnaud Join-Lambert, « La dynamique synodale dans les diocèses catholiques depuis le concile Vatican II : une double expérience de l’Église et de l’Esprit Saint », in « Cristianesimo nella storia », EDB, Bologna, 2011.