Homélie prononcée par Mgr Guy Harpigny, lors de la messe chrismale du 03 avril 2012 en la Collégiale Saint-Pierre, à Leuze-en-Hainaut. Le titre est tiré de la Préface de la messe chrismale.

Du fond du cœur je remercie les fidèles laïcs du Christ, les membres de la vie consacrée, les diacres permanents et les prêtres qui font partie d’une équipe synodale. Du fond du cœur je remercie tous ceux qui prient régulièrement pour le synode diocésain, en particulier les personnes qui passent par l’épreuve de la maladie et les communautés religieuses, apostoliques et contemplatives.

Nous sommes, en effet, entrés dans un temps de discernement, qui suppose la prière, la réflexion, le partage, l’approfondissement du contenu de la foi afin de témoigner du Christ, d’annoncer Dieu dans la province de Hainaut.

Pour préparer les assemblées synodales de l’année pastorale prochaine, nous avons à discerner ensemble la signification profonde de la nature et de la mission de l’Eglise. Dans la société actuelle, dans le monde d’aujourd’hui, que signifie devenir chrétien, disciple du Christ ? Que signifie devenir membre de l’Eglise, le peuple de Dieu, le corps du Christ, le temple de l’Esprit Saint ?

Evocation de quelques questions au sujet de la nature et de la mission de l’Eglise

Pour plusieurs d’entre nous, ce temps de discernement est difficile, car nous sommes attachés à une image de l’Eglise qui couvre tout le territoire, qui englobe toute la population. Combien de fois ne disons-nous pas : comment ramener les jeunes à l’Eglise ? Au fond de nous, nous savons bien qu’ils n’y sont jamais entrés. En même temps, nous voulons garder le modèle d’Eglise qui correspond à un village ou à un ensemble de paroisses en ville. Nous avons en tête les assemblées du dimanche dans des lieux de culte, assemblées qui doivent être maintenues, même s’il n’y a pas de ministre ordonné prêtre pour les présider.

Pour d’autres d’entre nous, ce temps de discernement est difficile, car nous pensons que l’Eglise n’a pas tellement d’importance dans notre vie. Ce qui compte, c’est le message du Christ, de Jésus de Nazareth, dont le cœur est de nous aimer les uns les autres et de nous mettre au service de tous ceux qui, dans la société actuelle, sont mis de côté. Tant que nous vivons du message de Jésus, nous sommes proches de Dieu. Nous n’avons pas besoin de l’Eglise pour connaître ce message et pour le mettre en pratique. Ce que nous aimerions que l’Eglise fasse pour nous peut se résumer à ritualiser, susciter la fête ou accompagner notre douleur aux grands moments de la vie.

Pour d’autres encore, ce temps de discernement est difficile, car nous estimons que les responsables d’Eglise et les autres membres de l’Eglise feraient bien de travailler davantage au dialogue avec tous ceux qui ne sont pas membres de l’Eglise catholique : les autres chrétiens, les Juifs, les musulmans, les bouddhistes et les laïcs agnostiques ou athées. Puisque toutes les religions, toutes les convictions ont beaucoup de points communs, pourquoi ne pas privilégier ce qui nous unit ? Puisque toutes les religions mènent à Dieu, pourquoi privilégier la foi chrétienne, en pensant qu’elle possède toute la vérité ? Ce que nous attendons de l’Eglise, c’est une refonte de son message et de sa pratique, de ce qu’elle appelle la doctrine et la morale.

Je viens d’évoquer trois groupes de chrétiens dont nous sommes membres. Je n’ai pas fait une description exhaustive de tout ce qui traverse nos mentalités, notre lien à l’Eglise catholique, notre foi au Christ, notre écoute de Dieu.

La Pâque du Christ, point d’appui de notre foi

Au milieu des débats, des questions, des suggestions et propositions que nous allons faire, la Pâque du Christ est un point d’appui capital. Comme le dit l’Ecriture, lue et relue par tant de cultures et de communautés de disciples du Christ ; comme le dit le concile Vatican II, le Christ est la lumière des nations. C’est en contemplant le Christ, c’est en nous mettant à la suite de Jésus, avec les premiers disciples, comme avec tous ceux qui croient en lui après sa résurrection, que nous pouvons, dans la confiance et l’espérance, saisir qui Jésus est pour Dieu, saisir qui est Jésus pour nous. En lui, le Christ, toute l’humanité trouve sa signification profonde et ultime. En lui, le Christ, le Fils de Dieu, nous pouvons contempler le Père qui nous donne tout en nous donnant son Fils. Dans la confiance, dans l’espérance, nous faisons l’expérience de Dieu qui nous aime jusqu’à donner son Fils, qui prend chair de notre chair.

Le Verbe s’est fait chair

Frères et sœurs, nous ne comprendrons jamais, jusqu’au bout, ce qui est en jeu dans la venue du Fils de Dieu en ce monde. Et pourtant, dans cette venue, l’incarnation du Fils de Dieu, nous percevons au moins que le Père fait davantage que de livrer un message. La Parole de Dieu, que la tradition juive écoute et met en pratique, n’est pas seulement une voix qui propose à l’être humain une destinée heureuse. La Parole de Dieu, le Verbe, est devenu chair, un être humain, un corps.

C’est en contemplant le Christ, Fils de Dieu, Parole de Dieu, Verbe de Dieu, devenu chair que nous entrons réellement dans une nouvelle approche de Dieu, dans une nouvelle approche de la destinée, de la vocation de tout être humain.

La Passion et la Mort du Christ

Le Christ, disent les premiers disciples de Jésus, a souffert la passion, est mort crucifié, est descendu aux enfers, est ressuscité d’entre les morts, est assis à la droite du Père. C’est dans sa Pâque que le Christ accomplit les Ecritures. C’est à partir de la Pâque du Christ que nous pouvons faire une relecture de l’Ancien Testament.

Dans cette Pâque, nous sommes abasourdis devant la violence et l’injustice de ceux qui veulent supprimer Jésus. Nous ressentons la douleur de l’innocent condamné à mort. Nous comprenons, à notre mesure, son cri d’abandon sur la croix.

La Résurrection du Christ

Les disciples de Jésus ont cherché à comprendre ce qui s’est passé. Le Ressuscité leur dira que leur cœur est lent à croire ce que disaient la Loi et les Prophètes. C’est par sa souffrance que le Christ est entré dans la gloire. Les disciples n’ont pas seulement relu les Ecritures, mais ils ont aussi relu la vie de Jésus. Progressivement, en accueillant le don de l’Esprit Saint, celui qui mène à la vérité tout entière, ils ont contemplé le don que Jésus a fait de sa vie, de son corps, par amour pour Dieu, son Père ; par amour pour nous, tous les êtres humains.

L’offrande du Christ, Prêtre à la manière de Melchisédech

Dans sa Pâque, Jésus est devenu librement une offrande à Dieu, par amour pour nous. En langage spécifique, les textes du Nouveau Testament parlent du Christ comme étant le Grand Prêtre à la manière de Melchisédech.

L’offrande que Jésus fait de sa vie nous fait découvrir que l’alliance que Dieu a faite avec son peuple au temps de Moïse est devenue ancienne. En Jésus, Dieu fait une nouvelle alliance avec l’humanité. En langage spécifique, les textes du Nouveau Testament disent que le Christ est devenu le médiateur d’une alliance nouvelle.

Nous participons à l’offrande du Christ

Par son humanité, l’offrande de Jésus devient aussi la nôtre. En Jésus, nous pouvons faire de notre vie une offrande. L’apôtre Paul désigne les chrétiens comme étant le corps du Christ. On peut comprendre que les chrétiens sont un corps dont le Christ est la tête. Il existe un lien vital entre le Christ et ses disciples. C’est à partir de beaucoup de textes du Nouveau Testament, lus et relus par les communautés chrétiennes depuis des siècles, que nous croyons que le peuple de Dieu dont le Christ est la tête est un peuple de prêtres, un peuple sacerdotal, qui manifeste, grâce à l’offrande du Christ, le signe d’une alliance nouvelle entre Dieu et l’humanité. Le concile Vatican II dit que l’Eglise est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen, de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain.

C’est dans cette contemplation de la Pâque du Christ que le synode diocésain découvrira comment, dans la Province de Hainaut, les chrétiens, l’Eglise diocésaine, peuvent manifester la signification profonde de leur nature et de leur mission.

La Parole de Dieu de la messe chrismale

Les textes de la Parole de Dieu de ce jour résonnent encore dans notre cœur :

Vous serez appelés les prêtres du Seigneur, on vous nommera les serviteurs de notre Dieu. Je vous donnerai fidèlement la récompense, et je conclurai avec vous une alliance éternelle (Isaïe).

Nous avons chanté : Dieu ! Tu as les paroles de l’alliance éternelle (Psaume).

Au Christ qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père : à lui gloire et puissance, pour les siècles des siècles (Apocalypse).

A la synagogue de Nazareth, Jésus lit un passage du Prophète Isaïe. Ensuite il s’assied et dit : Cette parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit (Luc).

Le Christ donne sa vie pour Dieu et pour nous ; le Christ donne la vie en abondance

Dans la contemplation de la Pâque du Christ, nous découvrons aussi qu’il nous donne la vie, la vie en abondance. Jésus est le vrai berger qui donne sa vie pour ses brebis. Jésus est venu pour que les hommes aient la vie, la vie en abondance. Le don de la vie est manifesté dans les sacrements. Lors de la messe chrismale, l’évêque bénit l’huile des malades, destinée au sacrement de l’onction des malades ; il bénit l’huile des catéchumènes, destinée à ceux qui s’avancent vers les sacrements de l’initiation chrétienne. L’évêque consacre le Saint-Chrême, destiné à la célébration des sacrements du baptême, de la confirmation et de l’ordination des évêques et des prêtres.

Quand Jésus commence à proclamer le texte du Prophète Isaïe à la synagogue de Nazareth, il dit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Les disciples du Christ, les chrétiens, qui passent avec lui de la mort à la vie par le sacrement du baptême, sont eux aussi marqués par l’Esprit Saint, oints avec de l’huile. Les évêques et les prêtres sont consacrés par l’onction d’huile, investis de l’Esprit Saint.

Les prêtres renouvellent les engagements pris à l’ordination

En cette célébration de la messe chrismale, les prêtres renouvellent les engagements qu’ils ont pris au moment de leur ordination. Ils font mémoire du jour où le Christ a fait partager son sacerdoce à ses apôtres et à chacun des prêtres. Je remercie tous les prêtres qui exercent le ministère dans le diocèse de Tournai. Je rends grâce au Seigneur pour leur fidélité, leur amour du Christ et leur service de l’Eglise. Avec tout le peuple de Dieu, je leur fais confiance. Au terme d’une période difficile pour les prêtres, soupçonnés de faire le mal, et parfois malmenés par l’opinion publique, je redis avec force que je leur fais confiance. Je remercie les unités pastorales qui préparent très bien mes visites pastorales : Chimay-Momignies ; Beaumont, Sivry-Rance, Froidchapelle ; Thuin, Lobbes, Ham-sur-Heure – Nalinnes ; et bientôt Comines-Warneton.

Les futurs prêtres

A ceux qui se préparent à devenir prêtres, je dis qu’il ne faut pas avoir peur. Comme au lac de Tibériade, Jésus nous appelle et nous envoie pour devenir pêcheurs d’hommes. Découvrir dans notre propre vie que Jésus nous aime nous invite à participer à sa Pâque, par amour pour lui et pour les hommes qui nous sont confiés.

Les diacres permanents

Je remercie également tous les diacres permanents pour la manière dont ils exercent le ministère dans le diocèse. Certains passent par de lourdes épreuves. Qu’ils sachent que je leur suis proche.

La prière du synode diocésain

Ce mercredi 4 avril, l’Eglise latine fait mémoire de saint Isidore de Séville. Son frère Léandre est devenu vers 580 évêque de Séville, en Espagne. Isidore, né entre 560 et 570, a été éduqué par Léandre. A la mort de Léandre, en 601, Isidore est devenu évêque de Séville. Afin de permettre à l’Eglise de trouver sa nature et sa mission dans l’Espagne wisigothique, Isidore a convoqué plusieurs synodes à Tolède, la capitale du royaume wisigothique. Evêque pendant 35 ans, Isidore s’est investi dans la formation des adultes et des jeunes. Il a fondé une école où il enseignait lui-même. Sa production littéraire a été la base de l’enseignement durant des siècles. C’est Isidore qui a composé la prière du synode appelée Adsumus. Adressée à l’Esprit Saint, cette prière est proclamée à chaque ouverture de concile œcuménique, de concile provincial et de synode diocésain. Elle garde sa pertinence et exprime la foi en promouvant la compréhension de la nature et de la mission de l’Eglise. Pour ceux d’entre nous qui se souviennent, le bienheureux Jean XXIII a prononcé, seul, cette prière lors de l’ouverture du concile Vatican II en octobre 1962.  Relisons régulièrement cette prière ainsi que celle qui a été composée pour le synode diocésain de Tournai.

 

+ Guy Harpigny,
Evêque de Tournai