Homélie prononcée par notre Évêque, Mgr Guy Harpigny, lors des célébrations du lancement du Synode, à Tournai (04/02/2012), Charleroi (05/02/2012) et Mons (11/02/2012)
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Eglise de ce temps, Eglise au cœur du monde, Tournée vers l’avenir, vers les aubes pascales,
Entendras-tu ce que l’Esprit dit aux Eglises ? Lève-toi ! Prends la route avec ton Dieu !
Ne crains pas d’avancer dans la nuit : Entonne des chants d’espérance et de joie !
Regarde avec amour ce qui fait ta gloire : Regarde avec amour la croix du Seigneur !

Dans la province de Hainaut, nous témoignons du Christ, à la suite des apôtres que le Ressuscité envoie en mission jusqu’aux extrémités du monde. Depuis toujours, nous annonçons la Parole de Dieu au milieu de groupes humains très diversifiés tant par la culture que par les convictions. Depuis toujours, nous voulons nous mettre au service de beaucoup de personnes et d’institutions, en privilégiant les pauvres, les exclus, les blessés de la vie. Depuis toujours, nous prions, nous célébrons les mystères du Christ en accueillant les personnes qui demandent un rite, une prière publique pour donner sens à des actes importants de l’existence, et nous participons à des liturgies pour nous ressourcer et y trouver la nourriture nécessaire en vue de témoigner de l’Evangile.

Logique de l’héritage

En disant « depuis toujours », nous nous inscrivons dans une logique de l’héritage. Celui-ci est immense, riche ; nous pouvons en être fiers. Chacune, chacun d’entre nous fait mémoire d’expériences personnelles, d’événements d’Eglise qui nous ont marqués à vie. Tous, nous avons pris des engagements pour conduire notre vie en devenant disciples de Jésus.

Questions sur l’avenir de la foi chrétienne dans notre société

En même temps, nous avons parfois des doutes sur notre manière de faire. Comment se fait-il que, depuis près de cinquante ans, les générations nouvelles semblent moins à l’écoute de l’Evangile ? Ne sommes-nous pas en train de constater la fin d’une forme de vie chrétienne ? Retentit alors à notre cœur la parole de Jésus : Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre (Lc 18, 8) ? Cela fait déjà cinquante ans que des personnes très au fait du mouvement de la pensée annoncent la fin du christianisme en Europe. D’après eux, les signes avant-coureurs sont nombreux. Nous avons à vivre dans une société tolérante, qui n’aura bientôt plus de place pour les expressions de la religion dans l’espace public. D’où les essais de briser les grands repères de l’existence comme le respect de la vie, l’engagement dans la vie de mariage, la recherche de la vérité.

Nous sommes souvent désorientés devant ces affirmations qui annoncent la fin du religieux. Tout cela est-il bien vrai ? Est-il vrai que l’Eglise catholique sera bientôt invisible, réservée à quelques membres qui n’ont rien compris au monde moderne, à la pensée post-moderne ?

Ces questions sont sérieuses, graves. Nous avons à les prendre en compte en mettant en œuvre toutes les richesses de notre intelligence, en nous engageant avec conviction dans des débats sur l’avenir de l’humanité, de la société en Europe.

Visiter le cœur de la foi chrétienne

Nous avons aussi à prendre au sérieux ces questions en visitant le cœur de notre foi. En recevant les catéchumènes le dimanche 29 janvier, j’ai été surpris par l’itinéraire de l’un d’entre eux. Il a dans les vingt ans. Eduqué dans une famille athée, anticléricale, il n’a aucune idée de la religion. En lisant un roman de Dostoïevski, il est frappé par une phrase : Si Dieu n’existe pas, tout est permis. Cette formule est juste. S’il n’y a pas de Dieu, les hommes peuvent inventer des repères de vie, mais aucun ne sera définitif. Et pourquoi encore avoir des repères, des critères pour juger nos actes, nos sentiments, nos relations ? Pour ce futur catéchumène, il allait de soi que tous les acteurs de l’Eglise catholique n’ont aucun sens de la réflexion, aucune rationalité. Ils s’en tiennent à des dogmes, des formules irrationnelles, pour maintenir les fidèles dans une bulle déconnectée de la société. En allant voir un prêtre, pour vérifier cette conviction, le futur catéchumène est tombé sur quelqu’un qui était parfaitement au point au plan de la réflexion philosophique. Le futur catéchumène s’est rendu compte que la foi chrétienne, la Parole de Dieu, la mission de l’Eglise, la vision du monde à la lumière de l’Evangile, tout cela tient debout, n’est pas irrationnel ! Cette rencontre avec un prêtre a permis d’entrer dans la foi, par la porte de la raison.

Le synode diocésain : discerner en vue de témoigner du Christ dans la société actuelle

Le synode diocésain va être célébré dans ce contexte. Dans la société actuelle, avec ses questions radicales et ses doutes sur l’avenir, qu’est-ce Dieu attend de nous, membres de l’Eglise catholique, pour manifester son dessein de salut pour tous les hommes, pour tous les peuples ? Si nous avons à nous mettre à l’écoute de l’Esprit Saint, ce n’est pas pour venir tout de suite avec nos propositions, nos questions toutes faites, nos suggestions pour une Eglise nouvelle. Nous avons d’abord à écouter, à écouter ensemble, dans la prière, le recueillement, le silence. Comme le dit l’Apocalypse, la deuxième lecture de cette liturgie : Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Eglises. Le vainqueur, je lui donnerai à manger du fruit de l’arbre de vie qui est dans le Paradis de Dieu. Dans l’écoute de l’Esprit Saint, nous allons trouver ce qui est nécessaire pour témoigner du Christ, pour annoncer Dieu dans la société d’aujourd’hui.

L’Esprit de Dieu ouvre une nouvelle étape dans la mission de l’apôtre Pierre

L’apôtre Pierre, issu de la tradition juive, apprend, au cours d’une vision à Joppé, que ce qu’il avait appris de la Loi de Moïse sur la nourriture autorisée ou non pour exprimer sa foi est désormais caduc. Pierre est appelé à rencontrer Corneille, un centurion de Césarée qui pratique la religion majoritaire de l’empire romain. Au cours d’une prière, Corneille a vu un personnage aux vêtements splendides qui lui a dit de faire venir Pierre chez lui. Arrivé chez Corneille, un païen, Pierre prend la parole. C’est la première lecture de cette célébration. Pierre fait une synthèse du contenu de la Bible. Dieu ne fait pas de différence entre les hommes. Il a envoyé la Parole aux fils d’Israël. Pierre raconte la mission de Jésus. Pierre donne son témoignage sur la mort et la résurrection de Jésus. Et il décrit la mission que les apôtres ont reçue du Ressuscité : Il nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que Dieu l’a choisi comme juge des vivants et des morts.

Tout à coup, Pierre est interrompu. L’Esprit Saint s’empara de tous ceux qui écoutaient la Parole. Tous les croyants qui accompagnaient Pierre furent stupéfaits, eux qui étaient Juifs, de voir que même les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit Saint. La réaction de Pierre est immédiate : Pourrait-on refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? Pierre se rend compte que Dieu donne son Esprit même aux païens. C’est une surprise. Ceux qui accompagnent Pierre sont stupéfaits.

Je suis persuadé qu’en nous mettant à l’écoute de l’Esprit de Dieu, durant la célébration du synode diocésain, nous aussi nous aurons des surprises.

Dieu ouvre à toutes les nations la porte de la foi

Dans le livre des Actes des Apôtres, d’où est tirée la deuxième lecture, nous avons un peu plus loin le récit de l’annonce de la Parole de Dieu par Barnabé et Paul dans l’île de Chypre, en Pamphylie, à Antioche de Pisidie, à Iconium, à Lystre, à Derbé et à Pergé. De retour à Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis, Barnabé et Paul réunissent l’Eglise et racontent tout ce que Dieu avait réalisé avec eux et surtout comment il avait ouvert aux païens la porte de la foi (Ac 13, 1 – 14, 28).

Durant le synode, nous allons nous rendre compte comment, aujourd’hui, Dieu ouvre la porte de la foi à nos contemporains. Nous nous inscrivons de cette manière dans la proclamation de l’année de la foi par le Pape Benoît XVI, du 11 octobre 2012 au 24 novembre 2013. N’hésitons pas à chanter régulièrement le répons du psaume 144 de cette liturgie : A toutes les nations du monde, le Seigneur a ouvert les portes de la foi.

Marie, modèle de celle qui écoute l’Esprit de Dieu

Dans l’immense famille de l’Eglise, nous avons quelqu’un qui n’a pas cessé de se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint pour répondre à sa vocation. C’est Marie. L’ange Gabriel lui annonce qu’elle va concevoir et enfanter un fils. Marie apprend l’identité et la mission de Jésus. Elle ne s’y attendait certainement pas. Marie pose une question : Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? La réponse de Gabriel donne une réponse tout aussi surprenante : L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. Face à cette promesse et face à l’annonce de la future maternité de sa cousine Elisabeth, Marie accepte sa vocation : Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole.

Marie est, pour chacun d’entre nous, pour l’Eglise tout entière, le modèle de l’écoute de l’Esprit. Je vous propose d’invoquer Marie très régulièrement au cours de la célébration du synode diocésain. Il n’y a pas que l’invocation de Marie. Lorsque Jésus est cloué en croix, il dit au disciple bien-aimé : Voici ta mère. L’évangéliste ajoute : Et depuis cette heure-là, le disciple prit Marie chez lui (Jn 19, 25-27). En prenant Marie chez nous, en priant souvent avec Marie dans notre diocèse, nous sommes certains que nous serons à l’écoute de l’Esprit Saint et que nous serons fidèles à notre vocation de baptisés. Avec Marie et les apôtres, soyons assidus à la prière dans l’attente du don de l’Esprit pour notre diocèse (Ac 1, 12-14).

Les thèmes du Synode diocésain

  1. Sacramentalité de l’Eglise
    Afin de discerner ce que l’Esprit nous donnera comme lumière, je vous propose de regarder comment l’Eglise, notre diocèse, est sacrement du Christ, signe et moyen de l’union profonde avec Dieu et de l’unité de tous les hommes (Vatican II, Lumen Gentium 1). C’est en approfondissant les textes du concile Vatican II sur la nature et la mission de l’Eglise, et, par conséquent sur notre identité baptismale et notre mission de témoins du Christ, marqués par l’Esprit Saint, que nous allons découvrir ce que le Seigneur attend de nous pour que nous voyions comment Dieu ouvre à nos contemporains la porte de la foi.
  2. En quels lieux l’Eglise est-elle clairement manifestée
    Cette écoute de l’Esprit, par l’étude des textes de Vatican II, nous permettra de voir en quels lieux la nature et la mission de l’Eglise sont clairement manifestées dans notre diocèse.
  3. Vocation et mission de; ministères ordonnés ; autres ministères ; vie consacrée
    Ce sera l’occasion de bien discerner la vocation et la mission de tous ceux qui ont reçu les sacrements de l’initiation chrétienne, ainsi que la vocation et la mission de quelques-uns qui reçoivent un ministère ordonné : l’évêque, les prêtres et les diacres ; la mission de quelques-uns qui reçoivent, de manière temporaire ou définitive, un ministère non-ordonné ou une charge ecclésiale ; la vocation spécifique des personnes engagées dans la vie consacrée. Au cours de ce temps de discernement, nous méditerons régulièrement la demande faite par Jésus lui-même de prier pour que Dieu envoie des ouvriers pour sa moisson (Lc 10, 2).
  4. Devenir chrétien en couple, et en famille
    Tous, qui que nous soyons, nous avons reçu la vie. Et c’est une grâce immense qui nous est offerte gratuitement. Tous, nous avons des parents qui nous ont engendrés. Pour la plupart d’entre nous, le don de la vie, l’éducation reçue, l’accompagnement dans les moments de joie comme dans les moments d’épreuve, ont été immergés dans l’amour, l’affection, la tendresse. Nous recevons énormément de nos parents. Et, même si pour beaucoup d’entre nous, des blessures, des ruptures, des conflits ont causé de grandes souffrances, nous savons bien par expérience que, parmi ceux qui nous accompagnent sur le chemin de la vie, il en est qui nous aiment sincèrement et avec force. Beaucoup d’entre nous ont donné la vie en s’unissant à un partenaire aimé, avec qui nous grandissons dans l’amour. Ce que nous avons reçu, la foi, nous aimerions que nos enfants puissent en faire l’expérience. Nous aimerions peut-être que notre partenaire en fasse lui aussi l’expérience. Le discernement dans l’Esprit Saint, au cours du synode diocésain, suscitera, j’en suis certain, des initiatives pour reconnaître dans la joie la valeur inestimable de la vie en couple et du don de la vie. Le discernement suscitera aussi des propositions pour que la vie de couple, le don de la vie et l’éducation des enfants dans l’amour baignent dans la lumière, la fraîcheur de l’Evangile. En contemplant le mystère de Dieu et de son dessein de salut, nous découvrons beaucoup de pierres précieuses en ce domaine.

Logique de la proposition

Au début de cette homélie, j’ai rappelé comment, depuis toujours, nous exercions notre mission, la mission de l’Eglise, dans une logique de l’héritage. Depuis près de cinquante ans, le concile Vatican II, les grands changements de mentalités, dont l’absence de la référence à Dieu en Europe du Nord, ainsi que les modifications démographiques dans la province de Hainaut nous poussent à entrer dans une nouvelle logique : la logique de la proposition. Quelle est la mission de l’Eglise dans le monde de ce temps ? Quelle est la signification de l’Eglise dans la société actuelle ? Qu’est-ce que Dieu attend de nous pour témoigner du mystère pascal de son Fils et pour vivre marqués par l’Esprit Saint ? La logique de la proposition s’adresse d’emblée à tous ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne. La logique de la proposition est stimulée par le don que Dieu nous fait en nous envoyant des catéchumènes.

Puissent les équipes synodales entrer dans la logique de la proposition, en se mettant à l’écoute de ce que l’Esprit de Dieu dira au diocèse de Tournai.

L’Esprit nous appelle à vivre aujourd’hui, à vivre de la vie de Dieu
L’Esprit nous appelle à croire aujourd’hui, à croire au bel amour de Dieu.

L’objectif de notre partage durant les mois qui viennent est de nous mettre au service de Dieu et au service de tous ceux qui vivent dans la province de Hainaut, pour que tous aient la Vie, la Vie en abondance (Jn 10, 10).

Eglise de toujours, Eglise pour les hommes, Ne ferme pas ton cœur aux défis de cet âge,
Entendras-tu ce que l’Esprit dit aux Eglises ? Lève-toi ! Prends la route avec ton Dieu !
Ne crains pas de combattre avec lui : Que viennent des jours de justice et de paix !
Regarde avec amour ce qui fait ta gloire : Regarde avec amour la croix du Seigneur !

+ Guy Harpigny,
Evêque de Tournai