Article de notre Évêque, publié dans Paraboles, 2e trimestre 2013. n° 75.

Lorsque, durant l’année 2010, j’ai proposé la célébration d’un synode diocésain aux instances officielles du diocèse afin d’obtenir leur accord, j’avais l’objectif de consulter un maximum de personnes du peuple de Dieu afin de discerner des orientations nouvelles pour annoncer l’Evangile, le Christ, à toute la population du Hainaut. Au cours des discussions, il m’est apparu que ceux qui désiraient devenir chrétiens (les catéchumènes) éprouvaient des difficultés à trouver une communauté qui les accueille. Il en allait de même pour les parents des enfants présentés au baptême. Les jeunes qui faisaient leur profession de foi ne trouvaient pas de nouveau groupe pour faire l’expérience de la foi. Bref, au terme d’un cheminement parfois très long, les personnes qui avaient vécu un moment fort étaient comme larguées. Et tout cela m’a très fortement interpellé.

Après avoir longuement réfléchi et prié, il m’est apparu que l’Eglise catholique en Hainaut pourrait approfondir sa mission évangélisatrice s’il lui était suggéré de découvrir sa mission profonde, théologique et spirituelle, à la fois comme sacrement, signe et moyen, de l’union avec Dieu, et comme sacrement de l’unité du genre humain. En d’autres termes, redécouvrir le mystère du Christ sacrement de la rencontre avec Dieu et sacrement, lumière, de l’unité de toutes les nations.

Durant les vacances de 2010, j’ai parlé avec Arnaud Join-Lambert, professeur de théologie pratique à l’U.C.L., à propos de l’éventualité d’un synode pour le diocèse de Tournai. Il m’a bien éclairé sur la dynamique synodale telle qu’il a pu la lire dans plusieurs synodes diocésains depuis Vatican II. Afin de laisser la liberté à tous ceux qui exerçaient à l’époque des responsabilités pastorales dans le diocèse, j’ai demandé, en mai 2011, à un diacre, Philippe Fortemps, de devenir secrétaire général du synode. En accord avec lui, j’ai demandé à un candidat diacre, Pascal Mutombo, de le seconder. Les deux secrétaires généraux sont mariés et pères de famille. Un comité de pilotage a été mis sur pied. Tout au long de l’année 2010 et de l’année 2011, des questions ont été mises au point afin que le peuple de Dieu puisse donner son avis sur la question fondamentale de la sacramentalité de l’Eglise : la liturgie ; les unités pastorales et les secteurs pastoraux ; les ministères et la vie consacrée ; le couple chrétien et la famille.

J’ai été agréablement surpris de l’accueil positif des équipes synodales qui ont travaillé les questions proposées. J’ai été touché par les efforts menés par le monde de l’enseignement et la pastorale des jeunes à Bonne Espérance à l’égard des jeunes gens. J’ai été ému par la prière de toutes ces personnes qui, dans le diocèse de Tournai et parfois ailleurs, ont confié le synode diocésain à l’action de l’Esprit Saint.

La lettre pastorale de l’Avent 2011, les vigiles de Pentecôte de 2011 et 2012, les célébrations de lancement du début 2012, la messe chrismale de 2012 à Leuze, tout cela a manifesté que nous nous mettions à l’écoute de l’Esprit pour discerner ce que Dieu propose au diocèse de Tournai pour annoncer le Christ à tous dans la province de Hainaut.

Depuis que l’assemblée synodale se réunit, avec l’apport solide d’Arnaud Join-Lambert et de Marie-Hélène Lavianne, j’ai la ferme conviction que nous vivons des moments forts de communion ecclésiale et que l’Esprit nous guide pour discerner ses appels. C’est cette confiance en l’action de Dieu qui me garde dans la paix.

Qu’est-ce que je découvre, au plan spirituel ?

La vie quotidienne du chrétien n’est pas un long fleuve tranquille : des difficultés surgissement inévitablement sur sa route. La tentation et les épreuves font partie intégrante de la vie chrétienne. De la même manière, la vie d’un synode diocésain n’est pas non plus un long fleuve tranquille. Mais, finalement, il ne convient pas de s’en inquiéter, ni même de s’en étonner : le Seigneur lui-même n’a-t-il pas été tenté ?

L’essentiel est d’essayer de relire ces difficultés à la lumière de la foi et de voir ce qu’elles peuvent nous dire de la vie chrétienne. A ce sujet, la Parole de Dieu nous propose plusieurs éclairages. J’en retiens trois qui peuvent nous aider sur la route du synode.

  1. Selon la tradition johannique, lorsque nous franchissons une étape dans un climat de prière et de confiance, l’Adversaire est souvent à l’œuvre pour tenter de semer la division par le mensonge. Mais le Christ lui-même intercède toujours pour nous, afin que le Père nous consacre dans la vérité. C’est pourquoi, je sais que je peux compter sur la prière de quantité de personnes qui intercèdent auprès de Dieu afin que le triomphe de l’Agneau soit reconnu par tous.
  2. Selon la tradition lucanienne, l’évangélisation emprunte les routes des hommes. Les serviteurs de la Parole sont comme les prophètes ; ils rencontrent des oppositions mais ils voient surtout l’œuvre de l’Esprit qui ouvre des portes pour accueillir le Christ. Les serviteurs de la Parole passent ; d’autres leur succèdent. C’est l’action de Dieu en ce monde que nous avons à contempler. Dieu nous fait la grâce de devenir ses coopérateurs, des ouvriers pour la moisson.
  3. Selon la tradition paulinienne, le témoignage du Christ auprès des païens passe par bien des épreuves personnelles. En même temps, dans ces épreuves, c’est la grâce de Dieu qui agit. Il déploie sa puissance dans notre faiblesse. Je trouve maintenant ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et ce qu’il me reste personnellement à souffrir dans les épreuves du Christ, je l’achève en faveur de son corps qui est l’Eglise (Colossiens 1, 24). Dans la célébration du synode diocésain s’accomplit en nous le mystère de la Pâque du Christ.

Comme nous le voyons, les difficultés sont normales, et ce sur tous les chemins que nous parcourons. Mais l’Esprit Saint peut nous rendre capables d’avancer sereinement sur ces chemins, en nous donnant de toujours choisir de marcher sur les pas de Dieu

Merci à tous ceux qui prient pour le synode. Merci aux membres de l’assemblée synodale qui ont discerné des propositions d’orientations pastorales et qui discernent maintenant des actions à promouvoir. Merci à tous ceux qui m’aideront à rédiger les décrets, expressions des orientations nouvelles du diocèse. Les mesures concrètes qui seront décidées n’auront d’autre but que d’annoncer le Christ jusqu’aux extrémités de la terre, dans notre diocèse, afin que le Seigneur soit aimé et célébré dans la joie et la paix, avec tous ses disciples et avec tous ceux qui attendent sa venue.

+ Guy Harpigny,
Evêque de Tournai