Chaque jour, nous croisons de nombreuses croix, auxquelles nous ne portons peut-être aucune attention. Mais, le chant "Église de ce temps" (K 35-64), choisi pour exprimer notre démarche synodale diocésaine, nous invite justement à regarder avec amour ce qui fait notre gloire : la Croix du Seigneur. (Article publié dans Eglise de Tournai, novembre 2013)

Quand nous entrons dans une église, nous nous signons de la Croix de notre baptême. Quand commence une prière ou une liturgie, le signe de la Croix nous rappelle le mystère de la Trinité. Quand nous voulons bénir quelqu’un, par exemple un enfant, c’est encore le signe de la Croix qui exprime la tendresse de Dieu. C’est d’ailleurs, l’un des messages simples du catéchisme dont nous nous souvenons probablement : le signe de Croix est le signe du chrétien. Pourtant, de tous temps, l’annonce d’un Messie crucifié a été scandale pour les uns et folie pour les autres (1Co 1,23). Et parfois, nous pouvons percevoir aujourd’hui que l’incompréhension subsiste.

La Croix est-elle si importante pour les chrétiens ? Qu’est-ce que la Croix ? Et comment vivre à la lumière de la Croix ? Voilà les trois questions que nous essayerons d’aborder dans ce petit billet.

La Croix est inséparable de l’Évangile

Au temps de Jésus déjà, l’idée d’un Messie souffrant provoquait des réactions négatives. Nous pensons évidemment à Pierre qui reprocha à Jésus l’annonce de sa mort (Mt 16,15-25). Il n’est donc pas étonnant que cela puisse être difficile pour nous aussi. Écoutons ce que le Pape François en disait aux Cardinaux, au lendemain même du Conclave qui venait de l’élire : « Le même Pierre qui a confessé Jésus Christ lui dit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Je te suis, mais ne parlons pas de Croix. Cela n’a rien à voir. Je te suis avec d’autres possibilités, sans la Croix. Quand nous marchons sans la Croix, quand nous édifions sans la Croix et quand nous confessons un Christ sans Croix, nous ne sommes pas disciples du Seigneur : nous sommes mondains ; nous sommes des Évêques, des Prêtres, des Cardinaux, des Papes, mais pas des disciples du Seigneur ! » (14 mars 2013)

En d’autres mots, on aura beau faire : annoncer le Christ sans la Croix, ce n’est pas annoncer le Christ ! Nous pouvons chercher à faire les plus belles célébrations, à porter le témoignage le plus enthousiasmant et à être le plus disponible à nos frères en humanité… Si nous confessons le Christ sans la Croix, nous ne sommes pas des chrétiens. La Croix n’est pas un élément anecdotique : elle est au cœur de l’Évangile. Sans la Croix, nous ne pouvons témoigner que d’une sagesse ; et aussi grande soit-elle, elle n’est pas l’Évangile.

La Croix est le trône royal du Christ

Il peut paraître étrange que l’annonce de la Bonne-Nouvelle doive passer aujourd’hui encore par l’annonce de la Croix. Aussi pour bien comprendre ce qu’elle signifie, nous pouvons relire ce que le Pape disait lors du dimanche des Rameaux : « Jésus entre à Jérusalem pour mourir sur la Croix. Et c’est justement ici que resplendit son être de Roi selon Dieu : son trône royal est le bois de la Croix ! […] Pourquoi la Croix? Parce Jésus prend sur lui le mal, la saleté, le péché du monde, et aussi notre péché, de nous tous, et il le lave ; il le lave avec son sang, avec la miséricorde, avec l’amour de Dieu. […] Et sur la Croix, Jésus sent tout le poids du mal et, avec la force de l’amour de Dieu, il le vainc et le défait dans sa résurrection. C’est le bien que Jésus fait à nous tous sur le trône de la Croix. »

Lorsque nous regardons la Croix comme le trône royal du Seigneur, nous la voyons tout différemment. Elle est le lieu où Jésus donna Sa vie jusqu’au bout pour ses amis, le lieu où s’exprime passionnément la miséricorde et la tendresse de Dieu pour chacun d’entre nous et aussi le lieu d’où, aujourd’hui encore, le Christ nous donne la Vie en abondance (Jn 10,10). C’est pourquoi le Pape poursuivait : « La Croix du Christ embrassée avec amour ne porte pas à la tristesse, mais à la joie, à la joie d’être sauvés et de faire un tout petit peu ce qu’il a fait le jour de sa mort ! » (24 mars 2013)

Être chrétien au pied de la Croix

Ainsi, nous pouvons mieux comprendre pourquoi le chant du synode nous invite à oser porter les yeux sur Celui qui, sur la Croix, nous sauve, en regardant la Croix avec amour.

Lorsque nous osons annoncer le Christ en proclamant aussi la Croix, nous témoignons que chaque homme et chaque femme est immensément et passionnément aimé(e) par Dieu. Et nous cherchons à leur communiquer cette joie ineffable et profonde qui nous habite : la joie profonde du Ressuscité.

Lorsque nous regardons avec amour la Croix du Seigneur, nous découvrons que nous ne sommes pas seuls. C’est toute l’Église qui ainsi est tournée par l’Esprit Saint dans la contemplation de cet amour ineffable. Dans toute liturgie, l’Église est rassemblée par l’Esprit Saint pour s’unir à l’offrande que le Christ fait de lui-même sur la Croix. Ainsi, nous pouvons  participer humblement mais réellement à l’œuvre du Salut (Col 1,24).

La Croix constitue le sommet de la réponse de Dieu face au mal. Ainsi, elle nous aide à porter nos croix quotidiennes. Et puis surtout, elle oriente notre manière chrétienne de répondre au mal, car elle nous enseigne à regarder avec amour tous ceux qui souffrent, qui ont besoin d’aide ou qui, plus largement, participent dans le concret de leur vie aux souffrances du Seigneur. Elle nous engage à leur manifester notre sollicitude fraternelle et tangible.

En résumé, le chant du synode nous propose une définition des chrétiens qui est à la fois inédite et bien belle : les chrétiens, ce sont ceux qui regardent avec amour la Croix du Seigneur. Cela imprègne toute leur vie et les pousse à prendre la route avec Dieu !