À première vue, l’expression, qui sert de titre à ce billet, pourrait paraître surannée et difficile à comprendre. Qu’a-t-elle à nous dire d’essentiel sur le Christ, et aussi sur notre Église diocésaine réunie en synode.

L’épisode nous est bien connu (Lc 19,1-10). Sur son chemin vers Jérusalem, Jésus traverse la ville de Jéricho. Au passage, il voit qu’un homme a grimpé dans un arbre. Il s’agit d’un riche collecteur d’impôts, nommé Zachée, qui, malgré sa petite taille, voulait voir qui était Jésus. Alors, Jésus l’interpelle et lui dit : Zachée, descends vite ; aujourd’hui, il me faut demeurer chez toi. (Lc 19, 5)

Au cœur de sa solitude d’homme exclu, Zachée espérait intensément voir Jésus ; mais il n’osait espérer davantage. Alors, au grand étonnement de tous et vraisemblablement de Zachée lui-même, Jésus provoque et prend l’initiative de la rencontre. Et les mots qu’il utilise sont empreints d’une grande force.

Il me faut

Cette tournure peu habituelle n’exprime ni une fantaisie passagère, ni une complaisance envers Zachée. Alors qu’il a entamé sa montée vers Jérusalem, montée qui se poursuivra jusqu’à la Croix, le Christ changerait sa route, comme sur un coup de tête ? Non, il n’en est rien ! Et Jésus n’est certainement pas en train de rendre un hommage  public à ce dernier. Par ces 3 mots il me faut, Jésus énonce quelque chose de bien plus profond : une exigence intérieure, un sens de l’urgence hors du commun à laquelle il répond en toute liberté.

Une même exigence intérieure était déjà présente lorsqu’à 12 ans, Jésus était resté au Temple. Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ? (Lc 2,49) Ce n’était ni un caprice d’enfant ni une fugue d’adolescent, mais bien une nécessité vitale. « C’est pour moi une nécessité d’être aux affaires de mon Père.» Il ne peut en être autrement. La réponse de Jésus à cette exigence intérieure est expressive et constitutive de sa vie-même de Fils de Dieu.

En fait, Jésus est comme « sur-pris »,  comme emporté jusqu'au plus profond de son cœur par cette mission qu’il a reçue du Père : faire connaître à tout homme et à toute femme que Dieu est amoureux et qu’Il ne cesse de leur offrir son amitié intime et son infinie tendresse !

Face à Zachée, l’homme éloigné de Dieu et des hommes, c’est donc une urgence cruciale pour le Christ de le rejoindre pour le réconcilier avec le Père et aussi avec ses frères. Et, mû par l’Esprit, Jésus s’invite chez le collecteur d’impôts. Et tout a changé dans la vie de Zachée : malgré toutes ses richesses et la crainte qu’il inspirait à ses voisins, il n’était pas pleinement satisfait de sa vie ; et voilà que Dieu lui-même fait irruption chez lui. Et la réponse de Zachée à cette nouvelle présence de Jésus est une conversion, un changement de vie : il s’ouvre au Salut. Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison. (Lc 19,9)

Pour porter à tous le salut du Père miséricordieux, le Christ ira jusqu’au bout. Sur la Croix, il renoncera à sauver sa propre vie, laissant la volonté de Salut du Père se déployer au milieu des hommes à travers son sacrifice. En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Lc 19,10) Il donne sa vie par amour, pour qu’avec lui, nous puissions être ressuscités par le Père.

Il nous faut

Ainsi, les mots que Jésus adresse à Zachée révèle quelque chose d’essentiel, un fondement, sur la manière dont il vit la mission qu’il reçoit du Père. En partant de là, nous pouvons aussi y découvrir un fondement pour notre Église diocésaine réunie en synode.

Au travers des 4 thématiques ouvertes par notre Évêque, la question fondamentale qu’il nous pose est la suivante : quelle est la mission de l’Église diocésaine ? comment être toujours davantage signe et moyen du Christ pour nos contemporains ? à quoi nous invite l’Esprit Saint ? finalement, qu’est-ce qu’il nous faut faire ? Le formidable travail des équipes synodales a entamé la réflexion ; elle est maintenant poursuivie par l’assemblée synodale. La tâche de cette dernière est en effet de discerner, au nom de tous, quelles réponses apporter à la question fondamentale de notre Évêque.

Ainsi présentée, la tâche de l’assemblée apparaît clairement : il ne s’agit pas de rédiger une fiche de synthèse théologique, une collection de bonnes intentions ou un texte de promotion des valeurs chrétiennes… Il s’agit de formuler des engagements fondamentaux pour l’avenir du diocèse qui nous impliquent tous. Aussi, ne sera-t-on pas étonné de trouver dans les textes des formules comme : nous devons, nous avons à cœur de, nous ressentons l’urgence de, … Toutes ces formules essayent de rendre compte d’un « il nous faut » évangélique.

Au fur et à mesure du déroulement du synode, nous percevons de plus en plus que nous ne sommes là ni par fantaisie personnelle ni par complaisance envers quelqu’un… L’Église se reçoit de Dieu avec une mission à accomplir : poursuivre la mission du Christ et permettre donc à Dieu de continuer à faire irruption pour demeurer dans la maison des hommes.

Chaque fois que nous chercherons en vérité à répondre à notre mission, nos engagements seront la manifestation du dessin d’amour du Père pour tous les hommes, car Il viendra inscrire sa douce volonté dans nos choix. C’est le sens des urgences cruciales que nous cherchons à discerner ; c’est pourquoi nous oserons dire « nous devons, nous avons à… », si, à notre tour, nous nous laissons « sur-prendre » par l’Esprit Saint. C’est lui qui nous fera découvrir, sur tous nos chemins, les Zachée que nous rencontrons, en chacun de nos frères et de nos sœurs, ainsi que souvent en nous-mêmes. Il nous montrera quelle tâche nous avons à réaliser pour être toujours davantage signe et moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain (LG 1).

Comme Zachée, répondons dès aujourd’hui à la surprenante invitation du Seigneur et laissons-le donc demeurer en nous !