Editorial publié dans Eglise de Tournai (décembre 2012). Le titre est tiré de la préface I de la Vierge Marie.

Durant le temps liturgique de l’Avent et le temps liturgique de Noël, nous sommes invités à contempler l’accomplissement de la promesse du salut dans la venue en ce monde du Fils de Dieu, né de la Vierge Marie. Pour nous les hommes, et pour notre salut, (le Fils unique de Dieu) descendit du ciel ; par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme (Symbole de Nicée-Constantinople). En ce cinquantième anniversaire de l’ouverture de Vatican II, laissons-nous conduire par le Concile dans l’approfondissement de ce mystère en étant attentifs à la mission de Marie, Mère de Jésus.

La constitution dogmatique de Vatican II sur l’Eglise (Lumen Gentium) contient un chapitre sur la bienheureuse Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l’Eglise. Il s’agit du chapitre VIII, le dernier de la constitution, qui résulte d’un choix théologique et pastoral. Nous n’avons pas à isoler Marie du Peuple de Dieu, en cherchant sans cesse à mettre en avant des privilèges nouveaux, mais nous avons à situer Marie dans le mystère du Christ, dans l’économie du salut et dans l’Eglise. De cette manière, nous pouvons fonder le culte de Marie dans l’Eglise et discerner en elle le signe d’espérance assurée et de consolation pour le peuple de Dieu en pèlerinage sur la terre. Entrons progressivement dans ce que Vatican II enseigne sur la signification de Marie dans notre vie de disciples du Christ.

Introduction

Ayant résolu, dans sa très grande bonté et sagesse, d’opérer la rédemption du monde, Dieu, quand vint la plénitude du temps, envoya son Fils né d’une femme pour faire de nous des fils adoptifs (Galates 4, 4-5). C’est ainsi que son Fils, à cause de nous les hommes et pour notre salut, descendit du ciel et prit chair de la Vierge Marie par l’action du Saint-Esprit. Ce divin mystère de salut se révèle pour nous et se continue dans l’Eglise, que le Seigneur a établie comme son Corps et dans laquelle les croyants, attachés au Christ chef et unis dans une même communion avec tous les saints, se doivent de vénérer en tout premier lieu la mémoire de la glorieuse Marie toujours vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ (L.G., 52).

Lors de l’Annonciation, Marie reçoit le Verbe de Dieu à la fois dans son cœur et dans son corps, et elle présente au monde la Vie. Elle devient la Mère du Fils de Dieu et, par conséquent, la fille de prédilection du Père et le sanctuaire du Saint-Esprit. Comme descendante d’Adam, elle se trouve réunie à l’ensemble de l’humanité qui a besoin de salut. Bien mieux, elle est vraiment Mère des membres du Christ ayant coopéré par sa charité à la naissance dans l’Eglise des fidèles qui sont les membres de ce Chef (Citation de saint Augustin, De Sancta Virginitate, 6). Aussi, Marie est saluée comme un membre suréminent et absolument unique de l’Eglise, modèle et exemplaire admirables pour celle-ci dans la foi et dans la charité, objet de la part de l’Eglise catholique, instruite par l’Esprit Saint, d’un sentiment filial de piété, comme il convient pour une mère très aimante (L.G., 53).

C’est pourquoi le Concile se propose de mettre en lumière, d’une part, le rôle de la bienheureuse Marie dans le mystère du Verbe incarné et du Corps mystique, et, d’autre part, les devoirs des hommes rachetés envers la Mère de Dieu, Mère du Christ et Mère des hommes, des croyants en premier lieu (L.G., 54).

Rôle de Marie dans l’économie du salut

Le Concile rappelle les quelques passages de l’Ancien Testament qui parlent de la Mère du Messie. La plupart de ces textes sont proposés durant le temps de l’Avent.

Pour le Nouveau Testament, le Concile parle longuement de l’Annonciation et met en avant la liberté de la foi et l’obéissance de Marie, en la comparant avec Eve. La coopération au salut de Dieu que Marie manifeste dans sa réponse à l’ange devient une union intime avec son Fils dès la conception virginale du Christ, union qui continuera jusqu’à sa mort en croix. Les textes bien connus sont brièvement commentés : la visitation, la Nativité, l’adoration des bergers et des mages, la présentation du Temple, le recouvrement de Jésus au Temple, les noces de Cana, la parole de Jésus qui proclame bienheureux ceux qui écoutent et observent la parole de Dieu, la présence de Marie au pied de la Croix où elle est donnée par son Fils comme sa Mère au disciple par ces mots : Femme, voici ton fils (Jean 19, 26-27).

Après l’Ascension, Marie prie avec les apôtres dans l’attente du don de l’Esprit Saint.

A propos de l’Annonciation, la constitution souligne l’usage d’appeler la Mère de Dieu la Toute Sainte, indemne de toute tache de péché, ayant été pétrie par l’Esprit Saint et formée comme une nouvelle créature (immaculée conception). Après la Pentecôte, la constitution développe l’Assomption : Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort  (L.G., 59).

Marie et l’Eglise

Afin de ne pas nous orienter sur des pistes difficiles, le Concile apporte un enseignement sur la coopération de Marie à l’œuvre du Sauveur. Tout d’abord, il n’y a qu’un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus (1 Timothée 2, 5-6). Les croyants ont une union immédiate avec le Christ. Cependant, Marie apporte à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle a été pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère (L.G., 61).

Nous avons par conséquent à bien saisir en quoi consiste cette maternité de Marie dans l’économie de la grâce. Nous pouvons évidemment contempler la manière dont Marie est unie à son Fils depuis l’Annonciation jusqu’à la Croix. Mais nous avons aussi à discerner que la maternité de Marie continue sans interruption jusqu’à la consommation définitive de tous les élus. En d’autres termes, le rôle de Marie dans le salut ne s’arrête pas au moment de l’Assomption : par son intercession répétée elle continue à nous obtenir les dons qui assurent le salut éternel. C’est la raison pour laquelle l’Eglise invoque Marie sous des titres divers, tout en n’oubliant pas qu’il n’y a qu’un seul Médiateur, le Christ.

Après avoir éclairé la coopération de Marie à l’oeuvre du Sauveur, la constitution montre comment Marie est en union intime avec l’Eglise. De l’Eglise, selon l’enseignement de saint Ambroise, la Mère de Dieu est le modèle dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ. En effet, dans le mystère de l’Eglise, qui reçoit elle aussi à juste titre le nom de Mère et de Vierge, la bienheureuse Vierge Marie occupe la première place, offrant, à un titre éminent et singulier, le modèle de la vierge et de la mère : par sa foi et son obéissance, elle a engendré sur la terre le Fils du Père, sans perdre sa virginité, enveloppée par l’Esprit Saint, comme une nouvelle Eve qui donne, non à l’antique serpent, mais au messager de Dieu, une foi que nul doute n’altère. Elle engendra son Fils, dont Dieu a fait le premier-né parmi beaucoup de frères, c’est-à-dire parmi les croyants, à la naissance et à l’éducation desquels elle apporte la coopération de son amour maternel (L.G., 63). 

Aussi, en contemplant la sainteté de la Vierge et en imitant sa charité, en accomplissant fidèlement la volonté du Père, l’Eglise devient à son tour une Mère, grâce au Verbe de Dieu qu’elle reçoit dans la foi. L’Eglise est aussi une vierge, ayant donné à son Epoux sa foi, qu’elle garde intègre et pure. Imitant la Mère de son Seigneur, elle conserve par la vertu du Saint-Esprit, dans leur pureté virginale : une foi intègre, une ferme espérance, une charité sincère (L.G., 64).

Appelés à la sainteté, les fidèles du Christ lèvent les yeux vers Marie, exemple de vertu qui rayonne sur toute la communauté des élus. La constitution reprend la mission de l’Eglise à l’égard du genre humain. En se recueillant avec piété dans la pensée de Marie, qu’elle contemple dans la lumière du Verbe fait homme, l’Eglise pénètre avec respect plus avant dans le mystère suprême de l’Incarnation et devient sans cesse plus conforme à son Epoux.

Culte de Marie dans l’Eglise

Elevée par la grâce de Dieu, au-dessous de son Fils, au-dessus de tous les anges et de tous les hommes comme la Mère très sainte de Dieu, présente aux mystères du Christ, Marie est légitimement honorée par l’Eglise d’un culte spécial. Ce culte présente un caractère absolument unique, mais il est essentiellement différent du culte d’adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu’au Père et à l’Esprit Saint. C’est pourquoi, le Concile engage à apporter un concours généreux au culte, surtout liturgique, envers la bienheureuse Vierge, à faire grand cas des pratiques et exercices de piété envers elle, que le magistère a recommandés au cours des siècles.

Marie, signe d’espérance assurée et de consolation pour le peuple de Dieu en pèlerinage sur la terre

Au terme de la Constitution sur l’Eglise, le Concile dit que la Mère de Jésus représente et inaugure l’Eglise en son achèvement dans le siècle futur. En attendant la venue du jour du Seigneur, Marie brille déjà comme un signe d’espérance assurée et de consolation devant le peuple de Dieu en pèlerinage.

Marie, Mère de l’Eglise

En promulguant la Constitution dogmatique Lumen Gentium, le 21 novembre 1964, le Pape Paul VI dit : C’est, en effet, la première fois, et le dire Nous remplit d’une profonde émotion, qu’un Concile œcuménique présente une synthèse si vaste de la doctrine catholique sur la place que Marie très sainte occupe dans le mystère du Christ et de l’Eglise (…). De très nombreux Pères ont fait leur (notre propre vœu) en demandant instamment que soit explicitement déclarée, pendant ce Concile, la fonction maternelle que la bienheureuse Vierge Marie exerce envers le peuple chrétien (…). C’est donc à la gloire de la bienheureuse Vierge et à notre réconfort que Nous proclamons Marie très sainte, Mère de l’Eglise, c’est-à-dire de tout le peuple de Dieu, aussi bien des fidèles que des pasteurs, qui l’appellent Mère très aimante, et Nous voulons que, dorénavant, avec un tel titre très doux la Vierge soit encore plus honorée et invoquée par toute le peuple chrétien.

Le culte marial (1974)

Dix ans après la promulgation de Lumen Gentium, le Pape Paul VI promulgue l’exhortation apostolique Marialis Cultus (2 février 1974). Celle-ci s’appuie essentiellement sur deux constitutions de Vatican II : la constitution sur la liturgie (Sacrosanctum Concilium), promulguée le 4 décembre 1963, et la constitution dogmatique sur l’Eglise (Lumen Gentium).

La constitution sur la liturgie dit : En célébrant (le) cycle annuel des mystères du Christ, la sainte Eglise vénère avec un particulier amour la bienheureuse Marie, Mère de Dieu qui est unie à son Fils dans l’œuvre salutaire par un lien indissoluble ; en Marie, l’Eglise admire et exalte le fruit le plus excellent de la rédemption, et, comme dans une image très pure, elle contemple avec joie ce qu’elle-même désire et espère être tout entière (S.C., 103).

Comme en 1974, beaucoup de livres liturgiques avaient déjà été rénovés à la demande de Vatican II, le Pape Paul VI pouvait présenter une synthèse nouvelle du culte marial. Je m’en tiens au culte de la Vierge Marie dans la liturgie pour le temps de l’Avent et le temps de Noël.

La réforme de la liturgie romaine suppose au préalable une révision attentive de son Calendrier général. Celui-ci, destiné à organiser avec le relief qui convient la célébration à jours fixes de l’œuvre salvifique en déployant tout le mystère du Christ pendant le cycle de l’année, depuis l’Incarnation jusqu’à l’attente de son retour glorieux, a permis d’introduire de façon plus organique, et en marquant davantage le lien qui les unit, la mémoire de la Mère dans le cycle annuel des mystères de son Fils (M.C., 2).

Temps de l’Avent

Ainsi, au temps de l’Avent, outre l’occasion de la solennité du 8 décembre – où l’on célèbre conjointement la conception immaculée de Marie, la préparation fondamentale à la venue du Seigneur et l’heureuse aurore de l’Eglise sans ride ni tache, - la liturgie rappelle fréquemment la figure de la Vierge, surtout aux féries du 17 au 24 décembre, et plus particulièrement le dimanche qui précède Noël, jour où elle fait retentir les voix antiques des prophètes sur la Vierge Mère et sur le Messie et fait lire des passages de l’Evangile relatifs à la naissance imminente du Christ et du Précurseur (M.C., 3).

De cette façon, les fidèles qui, avec la liturgie, vivent l’esprit de l’Avent, en considérant l’amour ineffable avec lequel la Vierge Mère attendait le Fils, seront amenés à la prendre comme modèle et à se préparer à aller à la rencontre du Sauveur qui vient, vigilants dans la prière et remplis d’allégresse. Nous voulons faire observer également que la liturgie de l’Avent, en unissant l’attente messianique et l’attente du retour glorieux du Christ avec la mémoire pleine d’admiration de sa Mère, présente un heureux équilibre cultuel qui peut être pris comme règle pour empêcher toute tendance à séparer – comme il est arrivé parfois dans certaines formes de piété populaire – le culte de la Vierge de son point de référence indispensable : le Christ. Il en résulte que cette période, comme l’ont fait observer les liturgistes, doit être considérée comme un moment particulièrement adapté au culte de la Mère du Seigneur ; nous confirmons cette orientation et souhaitons que partout on l’accueille et la suive (M.C., 4).

Temps de Noël

Le temps de Noël constitue une commémoration prolongée de la maternité divine, virginale, salvifique, de Celle qui, dans sa virginité parfaite, enfanta le Sauveur du monde. En effet, en la solennité de la Nativité du Seigneur, l’Eglise, tout en adorant le divin Sauveur, vénère sa Mère glorieuse ; à l’Epiphanie, tandis qu’elle célèbre la vocation universelle au salut, elle contemple la Vierge, vrai siège de la Sagesse, vraie Mère du Roi, qui présente à l’adoration des Mages le Rédempteur de tous les peuples ; et en la fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph (dimanche dans l’octave de Noël), elle contemple avec vénération la vie sainte que mènent dans la maison de Nazareth Jésus, Fils de Dieu et Fils de l’homme, Marie, sa Mère, et Joseph, homme droit.

Dans l’ordonnance réformée du temps de Noël, il nous semble que tous doivent tourner leur attention vers la réinstauration de la solennité de sainte Marie, Mère de Dieu ; ainsi placée au 1er janvier selon l’ancienne coutume de la liturgie à Rome, elle est destinée à célébrer la part qu’a eue Marie au mystère du salut et à exalter la dignité particulière qui en découle pour la Mère très sainte qui nous a mérité d’accueillir l’Auteur de la vie. Elle constitue par ailleurs une excellente occasion pour renouveler notre adoration au nouveau-né Prince de la Paix, pour écouter à nouveau le joyeux message des anges, pour implorer de Dieu, par la médiation de la Reine de la Paix, le don suprême de la paix. C’est pour cette raison qu’en l’heureuse coïncidence de l’octave de la Nativité du Seigneur et du 1er janvier, journée de vœux, nous avons institué la Journée mondiale de la paix, qui reçoit de plus en plus d’adhésions et produit déjà dans le cœur de beaucoup des fruits de paix (M.C., 5).

Marie et le synode diocésain

Lors des trois célébrations du synode diocésain, en février 2012, j’ai déposé, au nom du diocèse, un bouquet de fleurs près d’une icône ou une statue de Marie. Après l’invocation paisible à l’Esprit Saint, nous entrions dans la prière des apôtres et de Marie dans l’attente du don de l’Esprit. Au cours de la grande prière universelle, nous avons chanté : Père, au nom de Jésus, donne-nous ton Esprit, à la prière de Marie, Père, au nom de Jésus, donne-nous ton Esprit.

Lors de l’Eucharistie d’ouverture de l’assemblée synodale, le 22 septembre 2012, à la Cathédrale, nous avons chanté la litanie des saints, en commençant par Marie, Mère de Dieu, Vierge des vierges et nous avons chanté devant Marie, après la bénédiction et l’envoi : Marie, Eve nouvelle et joie de ton Seigneur, tu as donné naissance à Jésus le Sauveur.

Tout au long de la célébration du synode diocésain, nous pouvons prier devant l’icône de la Pentecôte et prier le chapelet, selon le livret qui a été composé dans le but de nous aider à méditer.

 

En ce temps de l’Avent et en ce temps de Noël, nous avons la chance d’entrer dans l’année liturgique C, année de l’évangile selon saint Luc. Celui-ci montre comment l’accomplissement de la promesse se manifeste par l’initiative de Dieu auprès de Zacharie au Temple, et auprès de Marie à Nazareth. L’ange dit à Marie : L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu. Marie dit à l’ange : Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi selon ta parole.

Puissions-nous demander à Marie d’avoir la même attitude d’obéissance et de foi, afin de présenter le Christ au monde.

Bonne fête de Noël !

+ Guy Harpigny,
Evêque de Tournai