En prélude à l’ouverture du synode diocésain, ce samedi 22 septembre (9h à 13h) à la cathédrale de Tournai, relisons ensemble l’évangile de la Visitation. (Article paru dans Eglise de Tournai, septembre 2012 -- Titre tiré de l'hymne mariale « Toi qui ravis le cœur de Dieu ».)

 

 

Peu de temps après l’Annonciation, Marie se met en route pour rejoindre Élisabeth ; l’ange vient de lui dire que, dans son grand âge, sa cousine a conçu un fils. Aussi se précipite-t-elle pour la rejoindre pendant 3 mois de sa grossesse. C’est l’évangile de la Visitation que nous avons lu ce 15 août pour la fête de l’Assomption.

 

Aux premiers temps d’une grossesse, le futur papa n’a pas toujours besoin d’un gynécologue pour le savoir. Quelque chose change dans le visage de son épouse : une sorte de lumière nouvelle. Mais bien sûr, comme cela n’arrive pas si souvent, il n’en est pas toujours certain, alors il ne dit rien et attend que son épouse lui annonce la nouvelle… Certes le corps médical dira que les modifications de la pigmentation de la peau n’arrivent qu’à partir du 3e ou du 4e mois, mais les yeux des maris savent bien que parfois, cela se voit beaucoup plus tôt : une femme enceinte rayonne !

Alors en voyant arriver Marie, Élisabeth a peut-être observé une telle lumière visible sur le visage de sa cousine. Mais, c’est tout ce qu’elle pouvait voir avec les yeux du corps. Alors comment a-t-elle pu s’exclamer : Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? (Lc 1,43)  Si Élisabeth est capable de ce cri de joie, c’est parce qu’elle a compris quelque chose avec les yeux de son âme, on pourrait dire « les yeux intérieurs ». C’est la lumière du Saint-Esprit qu’Élisabeth perçoit et qui fait tressaillir son enfant d’allégresse au-dedans d’elle (Lc 1,44). C’est ainsi qu’elle comprend en vérité que Marie porte Dieu.

Dès l’Annonciation et le Fiat de Marie, la Vierge porte pleinement Dieu en son sein… Dès cet instant et de manière éternelle, elle est véritablement Mère de Dieu. Pour le dire avec précision, les théologiens utilisent le terme grec « théotokos », qui se traduit littéralement par « qui porte Dieu » ou plus joliment par « qui enfante Dieu ».

 

Ce qui impressionne, c’est aussi l’immédiateté du départ de Marie après l’Annonciation. Poussée par l’Esprit, elle ne peut pas attendre : Celui qu’elle porte, elle doit déjà Le donner ! On ne garde pas Dieu pour soi ! Marie n’a qu’une hâte : porter Dieu aux hommes. Sur le champ, elle se met donc en route vers sa cousine Élisabeth. Là, on s’imaginait peut-être qu’elle venait donner de l’aide, mais lorsqu’elle franchit la porte, en portant Dieu en son sein, Élisabeth comprend que c’est autre chose qui se passe. Marie n’enfante pas Dieu pour elle-même mais pour répondre à l’irrésistible élan de Dieu qui cherche à se donner aux hommes ; alors, elle-même est habitée par cette hâte : enfanter Dieu pour tous les hommes !

Toute la vie de Marie est marquée par cet élan : porter Dieu aux hommes, et leur faire découvrir les merveilles inouïes qui composent son magnificat (Lc 1,46-56). Mais, pour porter Dieu, il est évidemment nécessaire de l’avoir d’abord accueilli : c’est le « oui » de Marie à l’Annonciation, son Fiat. Tout ce qu’Il vous dira, faites-le (Jn 2,5), dira-t-elle lors des noces de Cana à ceux qui se mettront au service de Dieu. D’abord, l’accueil et l’écoute intérieurs ; ensuite seulement, l’action dans l’obéissance, c’est-à-dire dans le prolongement authentique de l’écoute. Mère de Dieu, elle est aussi Mère des hommes : c’est pourquoi Marie peut nous ouvrir à une relation de confiance avec Dieu. Elle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur (Lc 1,45), elle sait la prévenance divine pour tous ceux qui osent être disponibles aux surprises de l’Esprit Saint.

 

Aussi, Marie ne cherche pas tant à faire des choses par elle-même que de laisser l’Esprit Saint agir en elle. Ce n’est pas sur ses propres forces qu’elle doit compter, mais bien sur les grâces dont elle est comblée. Le cœur du mystère marial, c’est qu’en réalité, c’est Dieu Lui-même qui porte Marie. Depuis l’Annonciation jusqu’à la Pentecôte, en passant par le Croix, Marie accepte de se laisser porter par Celui-là même qu’elle enfante. C’est ainsi qu’elle devient efficacement signe et moyen du Christ (LG 1).

 

Jusqu’ici, nous avons parlé de Marie « théotokos », Marie qui porte Dieu. Mais, dans une certaine mesure, nous aussi, nous sommes appelés à porter Dieu. Chacun, depuis notre baptême, nous sommes devenus fils de Dieu. Envoyé par Dieu, l'Esprit de son Fils est dans nos cœurs, et il crie vers le Père en l'appelant « Abba ! Père ! » (Ga 4,6). Avec le Fils, nous participons à Sa mission de sanctifier le monde, c’est-à-dire de tourner le monde vers Dieu et le faire entrer dans Son intimité. Cette mission qui nous est confiée, nous n’en mesurons pas toute la nouveauté : sans cesse, nous devons nous mettre à l’écoute de l’Esprit Saint pour qu’Il nous apprenne le chemin que nous devons prendre. Et ce n’est qu’en comptant sur le seul don de la grâce que nous pourrons être véritablement efficaces (Adsumus).

 

De plus, dans ce que nous avons dit ci-dessus de Marie, nous pouvons aussi lire la mission de l’Église, et par conséquent celle de notre Église diocésaine. « Marie est mère et modèle de l’Église (…) Comme Marie, l’Église est médiatrice de la bénédiction de Dieu pour le monde : elle la reçoit en accueillant Jésus et la transmet en portant Jésus. Il est lui la miséricorde et la paix que le monde ne peut se donner de lui-même et dont il a besoin toujours, tout autant et plus que du pain. » (Benoît XVI, 01/01/2011) C’est bien le sens de la sacramentalité de l’Église que notre Synode diocésain cherche à mieux vivre : là où nous sommes, au cœur de la province de Hainaut, porter Dieu aux hommes de ce temps.

Pour assumer cette mission reçue du Seigneur, notre Église diocésaine doit, à l’image de Marie, s'ouvrir aux mystères de Dieu et aux imprévus de l'Esprit. Prenant Marie pour patronne, l’Assemblée synodale se laissera interpeller par les impulsions de l’Esprit pour qu’Il modèle l’Église qui est à Tournai. Plus que sur ses propres moyens, elle comptera sur la grâce pour accueillir dans la confiance ce qui la dépasse. Par ailleurs, au cœur des échanges et des débats, chacun cherchera à garder ouverts les yeux de l’âme pour accueillir les autres, dans la foi, l’espérance et la charité. Ainsi, ensemble, nous pourrons discerner comment notre Église diocésaine pourra dans l’avenir, en union avec l’Église universelle au Ciel et sur la terre, être davantage signe et moyen du Christ (LG 1) et réconcilier le monde dans l’amitié éternelle du Père.