époux Martin
Suite à notre billet du mois de janvier où nous rappelions que tous, "nous sommes sacrements du Christ", plusieurs nous ont interpellés: "pourriez-vous expliquer cela, par exemple dans le cadre du mariage?" Vaste question pour un petit billet… Essayons de relever ce défi ensemble.
(Article paru dans Église de Tournai, en avril 2012)

On le sait bien, il y a une grande différence entre « tomber amoureux » et « aimer » : l’un se fait presque par accident ou par inadvertance – ne dit-on pas d’ailleurs « tomber » –, l’autre est un choix et une ferme résolution. Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bonheur, et le vouloir par-dessus tout ! Pour dire « je t’aime », la langue italienne propose deux expressions : la bien connue « Ti amo », mais aussi la plus affectueuse « Ti voglio bene ».

Dans un couple, au jour le jour, et en particulier dans les moments plus difficiles, il y a de nombreuses occasions pour se mettre au service du bonheur de l’autre. C’est un quotidien fait d’innombrables attentions réciproques, petites ou grandes : sortir les poubelles ou faire le repassage, détapisser un couloir ou préparer les médicaments, cuisiner un repas ou offrir un bouquet de fleurs. À tour de rôle, les époux se mettent comme à genoux l’un devant l’autre pour s’aider à vivre, à progresser et à se réjouir. Des gestes que l’on peut, à juste titre, rapprocher du lavement des pieds (Jn 13, 1-15). De fait, la tendresse et le don de Dieu se donnent à connaître et à expérimenter au travers de la tendresse – même parfois maladroite – et  du don – même parfois fragile – des conjoints l’un à l’autre. C’est à l’image du Christ serviteur que les époux chrétiens sont appelés à vivre leur mariage.

Pour Dostoïevski, « aimer quelqu’un, c’est le voir comme Dieu a voulu qu’il soit». Chaque fois que l’on dit « je t’aime » à son conjoint, on lui fait une révélation : « tu es aimé(e)… ». Dans la société d’aujourd’hui où tant est basé sur l’argent ou sur les performances professionnelles, l’amour conjugal est un témoignage inédit que l’on fait à son mari ou à sa femme : « tu es aimé(e) pour toi-même, en vérité ! ». Et ce témoignage nous fait entrer dans une réalité encore plus grande : « tu sais combien je t’aime … Alors, imagine combien Dieu peut t’aimer passionnément ! ». Cette annonce de l’Amour de Dieu éclaire la vie de chacun des époux chrétiens. Ils sont envoyés l’un vers l’autre pour lui transmettre personnellement la Bonne-Nouvelle : il est bien-aimé du Père.

Contrairement à la maxime « vivons heureux, vivons cachés », le couple est appelé à ne pas vivre replié sur lui-même, mais à s’ouvrir authentiquement aux autres et à l’Autre. Pour beaucoup, cela passe par la grâce de la famille ; mais dans tous les cas, l’amour des époux rayonne naturellement au-delà du couple : en accueillant des amis à la maison, en discutant avec des voisins, ou même en allant travailler,… Par ailleurs, si nous voulons le bonheur de notre conjoint, c’est pour l’éternité, l’éternité de l’amour que Dieu lui voue. Nous souhaitons évidemment lui offrir ce qu’il y a de meilleur. Aussi, y a-t-il chez chaque époux le souhait que son conjoint puisse faire – toujours davantage – l’expérience de Dieu. Et cela peut passer dans la prière commune des époux ou dans la prière personnelle. Ainsi, par l’offrande qu’ils font d’eux-mêmes à chaque eucharistie – par exemple, le dimanche –, les époux expriment cette prière implicite de faire aboutir l’autre à la Vie même de Dieu. Ils rejoignent ainsi la grande prière que le Christ adresse à Son Père : pour que tous aient la Vie en abondance (Jn 10,10).

Au travers de tout ce qui vient d’être dit, nous commençons à percevoir la richesse du mariage. Bien d’autres choses peuvent être ajoutées. Tout cela peut se résumer en une formule finalement assez simple : les époux sont sacrements du Christ l’un pour l’autre. Depuis le jour de leur mariage et pour chaque jour de leur vie, chacun est signe du Christ, car tout amour est reflet de l’Amour. Et dans l’amour conjugal, chaque geste ou chaque instant manifestent et annoncent, au travers de la tendresse humaine tantôt passionnée tantôt humble, la tendresse indéfectible de Dieu. Chacun est également moyen du Christ : ce n’est plus seulement en son nom propre que l’on aime son conjoint, c’est aussi – et parfois, avant tout – au nom même du Christ, de Sa part ! Et puis, apprendre à aimer son conjoint, dans sa différence et son incessante nouveauté, c’est aussi apprendre à aimer le Christ éternellement. On ne se marie donc pas par hasard, mais par vocation : se recevoir comme offerts l’un à l’autre par Dieu lui-même.

Pour que toute leur vie soit marquée par cette mission d’être sacrements du Christ, l’un pour l’autre, les époux reçoivent de l’Esprit Saint, l’Esprit de Don, la grâce du mariage sans cesse renouvelée qui les accompagne tout au long de leur existence (Familiaris consortio, n. 56). « Envoie sur eux la grâce de l’Esprit Saint », demande la prière de bénédiction nuptiale. Car, c’est Lui qui aide les époux à être fidèles à leur vocation, à se donner en vérité l’un à l’autre, à s’ouvrir aux autres, à accueillir les enfants, à les faire grandir avec confiance, et à participer à la vie sociale. Tous les couples savent que le chemin du mariage a ses propres difficultés. Mais c’est en s’appuyant sur la Croix du Christ, venu pour que tous aient la Vie en abondance (Jn 10, 10), qu’ils pourront cheminer dans la paix, la joie et la lumière.

Ce que les époux sont l’un pour l’autre, ils le sont aussi, dans une certaine mesure, pour tous ceux qui leur sont confiés, à commencer par leurs enfants… Dans leur rôle parfois difficile, les parents sont aussi signe et moyen du Christ pour leurs enfants. Aussi se mettent-ils à l’écoute et au service de leurs enfants, cherchant sans cesse à les faire grandir. Ils leur annoncent la Bonne-Nouvelle. Ils les introduisent dans un cœur à cœur avec le Père. Au-delà de la famille, les époux sont aussi sacrements du Christ pour toute l’Église, en étant signes de l’Alliance. En effet, l’amour des époux est à la fois reflet de l’amour passionné dont le Christ aime son Église et reflet de l’humble amour dont l’Église apprend sans cesse à aimer le Christ. En accomplissant leur mission conjugale et familiale avec la force de la grâce, les époux cheminent de concert vers leur perfection personnelle et leur sanctification mutuelle ; ainsi, ils contribuent ensemble à la glorification de Dieu (Gaudium et spes, n. 48).

Bienheureux Louis et Zélie Martin,
vous qui avez été mariés en Christ,
vous avez revêtu le Christ l’un pour l’autre et pour vos enfants.

Priez pour toutes les familles d’aujourd’hui :
qu’au cœur de leur amour au quotidien, elles puissent faire l’expérience de Dieu.

Priez aussi pour notre synode diocésain :
qu’il puisse se mettre en vérité à l’écoute de l’Esprit.

Priez enfin pour nous tous :
que nous puissions vous rejoindre dans le cœur à cœur éternel avec le Père.